Le slasher du mois : Carnage (The burning, 1981)

Dès qu’Halloween : la nuit des masques eut lancé le feu vert, les croquemitaines ont envahi les écrans, de long, en large, et en travers. Les premiers d’entre eux sont finalement les plus célèbres dans le registre du cinéma d’horreur, peut-être parce qu’ils semblent être les plus inspirés et les plus prolifiques. Déjà affublés de la mention « bis », ils ont toutefois eu droit à un traitement très sérieux. Carnage est de ceux-là. Nous sommes encore au début des années 80, avant la surenchère excessive des slashers, avant que certains opportunistes n’estiment que le genre ne nécessite qu’un tueur, des victimes, et des litres de sang. Le projet Carnage a été entouré de beaucoup d’attention, un soin porté aux détails jusqu’à l’étape de diffusion du film. Si tous les participants au métrage n’ont pas cru dur comme fer à son succès (le compositeur de la musique est passé à côté d’un pourcentage sur les recettes, alors qu’il fut ensuite un tabac au Japon), force est de constater que le film du réalisateur britannique Tony Maylam reste dans le peloton de tête des meilleures productions horrifiques old school.

Un nouveau slasher dans lequel on va essayer de na pas trop ramer…

Carnage (alias The Burning en VO), c’est l’histoire d’une vengeance. Celle de Crospy, énergumène alcoolique et un peu benêt, détesté de tous, qui s’est retrouvé victime d’une mauvaise blague de la part de jeunes campeurs. Une farce qui tourne au drame, et qui provoque un incendie qui coûtera cher au dindon, qui survit miraculeusement mais se retrouve brûlé atrocement. Après quelques années à l’hôpital, et malgré des greffes inefficaces, il quitte le centre avec pour mission de se réinsérer dans la société. Mais l’homme, sans mauvais jeu de mot, ne brûle que pour une chose : se venger de ses assaillants, et faire couler le sang de quiconque osera faire affront à son nouveau et triste visage.
D’une trame somme toute assez sommaire (ressemblant avec ses histoires contées au coin du feu de camp à Vendredi 13 mais revendiquant qu’il a été écrit avant ce dernier) découle un film au rythme et aux effets diablement efficaces. Une réalisation soignée, et un montage signé Jack Sholder (futur réalisateur de Hidden et La revanche de Freddy). La palme de cette réussite revenant surtout à Tom Savini, le célèbre spécialiste en effets spéciaux, qui a refusé de contribuer à la suite de Vendredi 13 afin de participer à ce nouveau projet. Pour Carnage, il ne lésine pas sur les effets. Il s’abreuve de musique classique pendant toute la période d’élaboration des maquillages, même s’il finira par indiquer ne pas être complètement satisfait de son travail sur le « visage » de Crospy. Pourtant, le réalisateur va respecter les codes originels de John Carpenter pour Halloween en n’utilisant que très peu des morceaux de bobines montrant le tueur afin de réduire ses moments à l’écran et accentuant l’impact de ses interventions. Le croquemitaine reste donc effrayant, même lorsqu’il n’apparaît pas à l’écran, le rythme étant maintenu par ses atroces méfaits, particulièrement sanguinolents. Le premier meurtre, celui de la prostituée, rappelle même la grande époque du giallo avec son jeu d’ombres et de lumières.

De toute évidence, ce film était un coupe-gorge…

Reconnaissons toutefois qu’au-delà de cette tranchante vengeance, le film ne brille pas pour ses personnages, assez moyens, qui ne font qu’amorcer la misère scénaristique des futures productions du genre. Nous sommes dans le camp de vacances Blackfoot, les jeunes ne pensent qu’à s’amuser, sur le terrain de base-ball ou dans les dortoirs. Les filles se posent les grandes questions sur l’amour, tandis que les garçons se concentrent uniquement sur les travaux pratiques. Très souvent, à trop vouloir ressembler au public auquel il s’adresse, le slasher s’embourbe dans la plus profonde crétinerie, quasiment le symbole d’une époque tellement révolue qu’on se demande si elle a vraiment existé. Heureusement que notre tueur en ciré sera là pour pimenter la partie. Grâce à lui, une scène de douche un chouilla voyeuriste, une nuitée coquine en forêt, une baignade nocturne ou une balade en radeau deviennent de véritables séquences de suspense, musique tordue à l’appui et surtout un vrai sens de la mise en scène. Les états d’âme des jeunes campeurs n’ont finalement aucun intérêt, seul réside l’idée de voir comment et quand ils seront décimés les uns après les autres.

Encore une histoire qui risque de couper court !

Le film porte également un mérite peut-être un peu du au hasard, mais qui lui vaut une renommée originale au milieu de tous ses congénaires : celui de présenter un héros impopulaire masculin au lieu de la traditionnelle final girl un peu coincée. Une autre façon pour le spectateur de s’identifier et du subir avec lui les mauvais traitements des caïds du camp… et du tueur qui rôde toujours dans le coin. Les nombreux personnages du film (parmi lesquels on reconnaîtra Holly Hunter [Copycat], Jason Alexander [Seinfeld] ou Fisher Stevens [Lost, Demain à la une]) sont tous des victimes potentielles et Crospy n’ira pas de main morte, armé de la légendaire cisaille de l’affiche, qu’il manie avec une dextérité proprement glaçante. La séquence culte du radeau reste un joyau d’épouvante, un défilé d’horreur graphique tourné en plein jour et d’une durée importante comparée aux attaques flash éclair habituelles. Là encore, le travail effectué par Tom Savini y est pour beaucoup. Le scénario a été écrit par les frères Weinstein et produit notamment par leur mère (en l’honneur de qui ils fonderont par la suite la société Miramax). Une anecdote assez ironique sur le cas Harvey Weinstein quand on voit que le film ne traite pas la gente féminine avec un profond respect, notamment avec les séquences de garçons particulièrement intrusifs vis-à-vis des filles (épiage sous les douches, attouchements forcés, insultes et pressions psychologiques).

Alfred, héros malchanceux qui n’a pas fini de morfler…

La séquence finale devait se dérouler dans une grotte. Deux endroits potentiels durent servir au tournage de l’épilogue, mais la première grotte s’est effondrée peu après les repérages, tandis que la deuxième était infestée de chauve-souris. C’est pourquoi la grotte laissa place aux ruines découvertes dans la forêt du tournage, puis à la mine, un lieu atypique que la lumière met parfaitement en valeur et qui contribue à rendre le moment épique. Nous sommes en 1981, et Carnage devance de peu Meurtres à la St-Valentin pour son cadre final, et Vendredi 13 chapitre 2 : le tueur du vendredi pour le face à face testostéroné (hache contre lance-flamme) qui sera encore une fois rondement bien mené, ne perdant pas une miette du potentiel de l’exposition soudaine et finale du visage horrifiant de Crospy. Jason Voorhees fera de même par la suite, tout comme d’autres métrages reposant notamment sur le faciès monstrueux de son croquemitaine (Phenomena, Cut). Ici, Crospy rejoint la liste des légendes urbaines racontées au coin du feu le soir dans les camps de vacances, et les maniaques les plus représentatifs et prolifiques du début des années 80. Un film à (re)découvrir, symbole d’une époque où l’identité du tueur importe peu, et où seul réside le fun des montagnes russes sanglantes d’une véritable machine à tuer. 

Crospy est le premier à penser qu’il ne faut pas trop jouer avec le feu…
THE BURNING, UN FILM DE TONY MAYLAM, USA, 1981

● les + : un film sans prétention, au tueur radical et concret qui ne vole rien à ses congénères.
● les – :
des idées qui ne semblent pas toutes originales, faute de ne pas avoir suffisamment marqué les esprits comparées à la saga Vendredi 13.
● meilleures scènes du film : la scène de l’hôpital, faisant grandir le mythe avant la légende, et l’attaque du radeau, épique et immédiatement culte.
● pires séquences du film :
les déboires des ados, et peut-être quelques longueurs dans la mine, le cahier des charges au niveau rythme est sinon plutôt bien maintenu pour l’époque.

Verdict : *****
bande annonce originale du film

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