Le slasher du mois : Massacre au camp d’été (Sleepaway Camp, 1983)

De Vendredi 13 à Carnage, en passant par ce Massacre au camp d’été et bien d’autres cas encore, le slasher s’est attaqué aux colonies de vacances avec une diable sauvagerie. Ces réunions estivales d’adolescents semblaient être le plus représentatif portrait du public visé par ce type de productions, aussi les idées affluaient de façon à perpétrer de nouvelles tueries à l’écran. Cette fois, pourtant, pas de tueur masqué, ni un grand brûlé revanchard, mais une menace étonnamment plus subtile au milieu d’un jeu de massacre à très grande échelle. Sleepaway Camp, même s’il intervient déjà un peu tard comparé à ses congénères, s’élève toujours au rang des cultes avec non pas un schéma narratif hors du commun, ni par des mises à mort particulièrement inédites, mais grâce à un contexte et surtout un final inoubliable, qui a dérangé, si ce n’est littéralement choqué le public américain lors de la sortie du film dans les salles et les drive-in cet automne 1983, et qui continue de bouleverser les âmes sensibles depuis lors, tant l’image finale est brute et percutante. Mais la recette et le succès de Massacre au camp d’été et son aura culte pour toute une communauté reposent aussi sur l’amère ironie d’un sujet sur lequel il y aurait beaucoup à dire et un secret qu’il est important de garder pour apprécier le film à sa juste valeur.

Un film pour ceux qui en ont dans le slibard !

Ricky et Angela sont cousins. Leur tante Martha, un chouïa excentrique, décide de les envoyer dans un camp de vacances. Si Ricky est un jeune garçon tout à fait de son âge, Angela vit dans un mutisme permanent. Traumatisée par un accident survenu huit ans plus tôt et qui a coûté la vie de son père et de son frère, elle s’est refermée sur elle-même et a bien du mal à s’intégrer à son entourage. Ce retrait obnubile les gérants et énerve les filles du camp, qui souhaiteraient avoir toutes les attentions. Aussi la tension monte vite et Angela devient le souffre-douleur, malgré la bienveillance de Ricky. Bienvenue au camp Arawak, où les enfants auront à bien se tenir pour échapper à la pagaille qui les attend. Entre les moniteurs en mini shorts moulants complètement dépassés par les événements, le directeur trop inquiet pour sa réputation et qui ne quitte pas son cigare (l’acteur Mike Kellin, très malade lors du tournage, a tenu à donner son meilleur avant d’être emporté par le cancer trois mois avant la sortie du film), le cuisinier répugnant et ouvertement pédophile, et les éternels ados arriérés et (immensément) grossiers qui n’ont comme mot d’ordre que leur petite personne, les choses vont toutefois encore dégénérer avec les nombreux incidents qui ponctueront l’arrivée de Ricky et Angela au camp. Brûlures profondes, coups de poignard, flèche perdue, noyade, attaque d’abeilles, décapitation… Des événements qui au premier abord n’inquiètent pas outre mesure les organisateurs, puisque les attentions, puis les doutes, sont finalement toujours tournés vers Angela, cible toute désignée. Mais lorsque la psychose s’installe, tout le monde se retrouve dans le viseur. Tout le monde, et surtout les mauvaises personnes, jusqu’à l’épilogue, un peu craché à la va-vite, mais qui montre surtout que chaque séquence, même les plus discrètes, ont une importance capitale sur la suite. Le spectateur devra quant à lui avoir la lame bien affutée pour déterminer qui peut être à l’origine des méfaits du tueur, car le film mêle finalement une intrigue éculée jusqu’à la moëlle tout en maintenant un suspense diabolique sur l’issue de l’intrigue. Qui tire les ficelles, tapi dans l’ombre ? La petite Angela ? Ricky, le cousin vengeur ? Un membre du camp ? Pour brouiller les pistes, le réalisateur Robert Hiltzik usera des mêmes techniques que Vendredi 13, de Sean S Cunninghan, pour lequel des mains masculines et poilues commettaient les meurtres pour ne pas mettre trop tôt l’accent sur l’identité surprise de l’assassin. Massacre au camp d’été délivre toutefois des indices tout au long du film, discrets, puis plus forcés, mais tous n’ont d’effet qu’à la lumière finale, et rend tout nouveau visionnage savoureux.

Angela (Felissa Rose), un jolis minois et un esprit quelque peu perturbé…

Le film brille par un scénario et une mise en scène à la lourdeur psychologique palpable. L’aspect général du film est assez oppressant. Les tensions sont palpables et le personnage d’Angela est terriblement inquiétant. Son regard hypnotiseur (et hypnotisant) mettrait mal à l’aise n’importe qui. Il y a décemment quelque chose qui cloche avec Angela, mais le secret qui l’entoure est-il lié à l’hécatombe qui s’abat sur le camp ? Son silence n’aidera pas à résoudre le mystère avant l’heure. Une performance à glacer le sang. Il s’agit pourtant d’une première interprétation de la part de Felissa Rose, qui n’avait que 13 ans à l’époque (un très jeune âge qui n’empêchera pas une petite roucoulade de la très jeune actrice avec Jonathan Tiersten, qui joue… son cousin dans le film ! Le jeune acteur ayant tout de même 17 ans lors du tournage, leur histoire ne dure que quelques semaines). Ceux qui trouveront ça malsain pourront encore relever la dimension homo-érotique étouffante du métrage (personnages ambigus, bodybuilding transpirant, garçons torse nu, tenues qui moulent les formes et laissent les nombrils à l’air…). Un métrage ancré dans son époque, au doublage français gratiné mais exécrable (à éviter absolument), qui regorge d’idées dérangeantes mais mémorables. Dommage que le film ait eu à subir quelques écarts de tournage, comme par exemple le meurtre de Judy, décevant au possible à cause des coupes de la censure, ou le policier qui, en fin de métrage, se voit affublé d’une fausse moustache vulgaire sous prétexte que l’acteur s’était rasé pendant le tournage…

Les parties de cache-cache ne sont jamais une bonne idée dans les slashers…

Massacre au camp d’été tire peut-être davantage ses inspirations des giallos italiens que du slasher lambda. Il n’y a qu’à voir les nombreux jeux d’ombres et de lumières (maquillant habilement des meurtres hors-champ), la musique stridente (et parfois un peu lourdingue, avouons-le), et le soin apporté à la mise en scène même dans des situations parfois rocambolesques. Les mises à mort restent nombreuses (pas moins de 13), et l’arsenal est original (l’essaim d’abeilles est une belle trouvaille). Les déboires des personnages, à défaut d’être originaux, dépeignent la cruauté dont peuvent faire preuve les adolescents entre eux. Mais c’est la dominante malaisante qui inscrira le film dans la légende, le sujet ultra-sensible n’ayant jamais été décliné sans sombrer trop vite dans le jugement ou la maladresse (ce qui sera d’ailleurs le cas des suites du film, lorgnant dans la parodie pure). Ici, le mobile de l’assassin ne repose pas sur les schémas habituels du genre. Il règne un parfum de non-dit, et un questionnement brut et gênant qui marquera les mémoires, et c’est après tout la seule chose qui compte. Le camp Arawak (qui existait vraiment et dans lequel a réellement séjourné le réalisateur lorsqu’il était jeune), sans rien devoir au camp Crystal Lake, mérite largement qu’on y retente une petite visite. Et pour ceux qui ont le cœur bien accroché, il reste l’occasion de retrouver tous les personnages n’ayant pas succombé dans une tardive suite vu comme un retour aux origines avec Return to Sleepaway Camp (2008).

Pour le chemin du malaise social, suivez les flèches…

MASSACRE AU CAMP D’ETE (SLEEPAWAY CAMP), UN FILM DE ROBERT HILTZIK, USA, 1983

● les + : un métrage malaisant en tous points, des rapports hautement conflictuels entre les personnages à l’épilogue 
● les – :
quelques mauvais acteurs, des longueurs, une version française « fleurie », et un épilogue qui aurait mérité d’être mieux amené.
● meilleures scènes du film :
l’attaque des abeilles, le twist final glaçant
● pires séquences du film :
des lignes de dialogues assez bas de gamme, quand les ‘acteurs’ n’ont pas autant de prestance que lorsqu’ils doivent soulever de la fonte…

Verdict : *****

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