Le slasher du mois : Scream (1996)

« Quel est ton film d’horreur préféré ? »
En une seule phrase, toute la symbolique et l’impact de Scream ressurgissent. Rares sont les films avec une telle force narrative, surtout dans le genre du slasher. Et pourtant, en partant de (presque) rien, ce petit film censé être un thriller en hommage au genre, deviendra un chef d’œuvre de l’épouvante, et le début d’une nouvelle vague de thrillers horrifiques, avec la pléiade de tueurs en série que cela implique. Comme Halloween de John Carpenter en son temps, Scream de Wes Craven redéfinit les codes du slasher new age et redore un blason terni par des années bien peu inspirées.

Sidney et Tatum emmêlées dans les pièges téléphoniques du tueur…

Les années 90 n’ont pas été avares en slasher movies, même si on était déjà loin de l’assaut de la précédente décennie. Toutefois, le genre avait ou essoré jusqu’à la moelle les franchises encore existantes (Jason va en enfer, Halloween 6, Hellraiser Bloodline, Freddy sort de la Nuit…), ou surfé sur une assonance plus proche de ce que Basic Instinct et Le silence des agneaux avaient insufflé au cinéma, oubliant l’horreur premier degré pour renouer avec une ambiance froide et emprunte au suspense (Shocker, Candyman, Trauma). Les tueurs à l’arme blanche fléchissaient, leur leitmotiv disparaissant au fur et à mesure des années, du masque légendaire au coup de théâtre en ultime frisson. En fait, le slasher horrifique disparaissait au profit du thriller psychologique. Et c’est grâce à la nostalgie aiguisée d’un scénariste jusque-là inconnu que tout le genre va renaître de ses cendres en cette fin d’année 1996, emportant le tout Hollywood avec lui. La trame n’a rien de révolutionnaire, et pourtant, son succès fait mouche. Ceux qui ont connu les slashers des années 80 se délectent des nombreuses références, tandis que les petits nouveaux découvrent un nouveau style de film d’horreur entièrement rafraîchi. La patte de fin limier de Kevin Williamson mêlée au style narratif percutant de Wes Craven font un carton. 173 millions de dollars de recette à travers le monde, une trame, des personnages et des répliques déjà cultes, un masque représentatif qui donne des cauchemars aux adolescents… le règne Scream pouvait commencer, affublé d’une multitude de nouveaux venus qui n’attendaient que lui pour monter au créneau.

Différents artworks inspirés par le film, développant tous les éléments majeurs de son tueur et ses personnages ô combien emblématiques.

À Woodsboro, un an tout juste après le meurtre de sa mère, la jeune Sidney Prescott est la proie d’un tueur en série qui provoque ses victimes par téléphone. La police est dans le flou tandis que les premières dépouilles commencent à tomber. Dans l’entourage de Sidney, c’est la confusion : tout le monde peut être une victime, et tout le monde est suspect. Sur une idée de trame aussi simple qu’efficace, le scénariste Kevin Williamson apporte à son histoire toute la richesse et l’intelligence qui manquaient cruellement au genre depuis de trop nombreuses années. Des personnages profonds et ambigus, des dialogues piquants et multi-référentiels, des scènes mémorables aux effets de style qui bousculent les esprits, et un dénouement durant lequel la folie et l’horreur sont à leur paroxysme. C’est toute la beauté de Scream : redécouvrir un genre avec un film qui, résumé à son abord le plus simple, a déjà été vu des centaines de fois. Une victime poursuivie par un tueur masqué, une enquête policière qui piétine, des victimes en masse, et une révélation finale en apothéose. Sauf que cette fois, les rouages tiennent la route, le suspense est efficace, et c’est un fleuron qui nous est proposé, épique et toutefois unique, puisque malgré toutes les qualités que l’on peut trouver aux suites de Scream, aucune ne conservera l’impact de cet opus original. 

Tout comme le spectateur, la jeune Casey Baker fait la connaissance de Ghostface, l’implacable tueur de Scream

La scène d’introduction, culte et toujours diablement efficace, met en scène la jeune et jolie Casey Baker qui s’apprête à regarder un film d’horreur quand un maniaque vient la harceler au téléphone avant de l’enrôler dans un jeu macabre. Pour avoir la vie sauve, elle devra répondre à des questions sur les films d’horreur. Mais le tueur est habile et cette manigance semble n’être que le point de départ d’une machination bien funeste. À savoir que Drew Barrymore avait d’abord été engagée pour jouer le rôle de l’héroïne Sidney Prescott, mais a proposé l’idée de jouer celui de la première victime pour déstabiliser l’audience et indiquer que tout est possible. En effet, le minois de la petite fille de E.T. l’extra-terrestre de Steven Spielberg était encore dans toutes les mémoires, et, à la façon de Marion Crane dans Psychose, il ne semblait pas encore conçu de prime abord pour le public que la jeune femme pouvait réellement succomber sous la lame tranchante du tueur. Pour celui-ci, plusieurs idées de costumes ont été envisagées, le scénario laissant libre cours à la façon dont le tueur était vêtu et masqué. Ce masque est un alliage de la célèbre toile Le cri d’Edvard Munch, du personnage en couverture de l’album The Wall des Pink Floyd, et de la caricature du fantôme dansant dans les cartoons de Betty Boop des années 30. À cela, pour souligner l’image du fantôme (et coller au plus près du surnom Ghostface donné au tueur de la saga), le costume devait être blanc, mais le rendu final ressemblait trop à une combinaison du Ku Klux Klan. C’est pourquoi la robe noire, plus discrète dans la nuit, fut finalement choisie. La voix du tueur dans la version originale est celle de Roger Jackson, que ni Neve Campbell (Sidney Prescott) ni Drew Barrymore ne croisera durant le tournage, pour impacter davantage la force persuasive et déconcertante au téléphone. Jackson prêtera sa voix à Ghostface dans les quatre films et les trois saisons télévisées de la saga Scream.

Même les années 30 et ses cartoons ont influencé le masque de Ghostface !

Le tour de force de Scream, au-delà de son fil rouge avec les grands classiques de l’horreur en toile de fond (et n’oublions pas l’excellente bande originale signée Marco Beltrami), est indiscutablement ses personnages. Il brouillera les pistes quant au sort, et dès lors à la prétendue culpabilité, de plusieurs personnages, à commencer par le petit ami de Sid, Billy (interprété par Skeet Ulrich), que tout accable, et saura même créer la surprise en épargnant, voir en idolâtrant des catégories de personnages en général condamnées à une mort certaine dans ce type de productions. Si la meilleure amie délurée (l’impeccable Rose McGowan) succombera bien aux assauts du tueur, on se surprendra à voir survivre l’acariâtre journaliste avide de scoops (Courteney Cox), le flic benêt qui a toujours un train de retard (David Arquette) ou encore le lourdingo qui connaît les moindres rouages des films d’horreur mais qui s’enlisera lui-même dans les archétypes de ses règles maudites (Jamie Kennedy). Celles-ci sont inspirées de Halloween (modèle cinématographique pour Kevin Williamson qui est allé jusqu’à écouter en boucle la bande-son de John Carpenter pendant toute l’écriture du scénario) et consorts, estimant que le sexe, l’alcool et la drogue riment avec mort, tout autant que sortir d’une pièce en s’exclamant : « Je reviens tout de suite », car on n’en revient jamais. Si le personnage de Stu (Mathew Lillard) se moque de Randy en poussant cette réplique tout de suite après l’énoncé de la règle, il est à noter que la journaliste Gale Weathers la sortira à son tour quelques secondes plus tard comme pour la diriger vers une lugubre destinée. L’efficacité de Scream repose donc aussi en sa jubilatoire satisfaction de découvrir de nouvelles facettes de son brillant scénario à chaque nouveau visionnage, le film étant parsemé d’indices et de contre-indices qui multiplient le plaisir. D’Halloween de John Carpenter, Scream empruntera notamment aussi la séquence de l’agression dans la voiture, la mort dans un garage, les lignes de dialogues du père de Casey sommant sa femme de courir trouver de l’aide chez les Mckenzie, les références à Jamie Lee Curtis, et bien entendu le film lui-même aux travers d’extraits durant tout le troisième acte.

Avec Ghostface, personne n’est à l’abri !

Au final, on ne pas tarir d’éloges au sujet de Scream, tant la façon de tordre sa simplicité de premier abord aboutit à un festival de complexité au sujet de la suite des événements. Les surprises sont nombreuses, et ont surtout le mérite d’être bonnes. Les faux pas et contrefaits sont réservés pour les suites, qui ne cesseront de bousculer les codes jusqu’à entrevoir sa propre extinction avec le contrepied (Scream 2), l’auto-dérision (Scream 3) et l’auto-référence (Scream 4). Wes Craven inscrit à la postérité un tueur emblématique aussi sournois dans l’imagination que maladroit dans ses actes, la déformation d’une jeunesse dépravée et assiégée par l’impact du cinéma. La pop culture indissociable des slashers est ici représentée dans son état brut, et condamne l’héroïne Sidney Prescott (Neve Campbell, tout simplement parfaite) à un chemin de croix sans fin (plus encore que Laurie Strode dans Halloween) et en définit la final girl ultime. Après s’être joué de tous les films du genre, Scream en sera devenu au final le plus référentiel, comme une jolie et sanglante synthèse de tout ce que le cinéma horrifique pouvait apporter à sa digne et dévouée assistance.

Bande annonce originale de Scream (1996), de Wes Craven
SCREAM, UN FILM DE WES CRAVEN, USA, 1996

● les + : tout dans Scream fait de lui le fleuron du genre pour la nouvelle vague prête à déferler sur les écrans…
● les – :
on a beau chercher, que reprocher à ce film ?
● meilleures scènes du film : la scène d’introduction, un véritable moment d’anthologie de l’horreur, dénué de toute marque d’humour ou de pastiche. Un monument d’angoisse.
● pires séquences du film :
la réalisation rythmée de Wes Craven et le scénario impeccable de Kevin Williamson ne laissent place à aucun faux pas.

Verdict : *****

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