Halloween : les origines du projet (2/2)

Ni Jamie Lee Curtis, ni Donald Pleasence ne furent les premiers choix de John Carpenter pour les rôles principaux de Laurie Strode et du Dr Loomis. Pour l’héroïne, Carpenter pensa tout d’abord à Annie Lockhart, la fille de June Lockhart, tête d’affiche de la série Lassie. La jeune actrice déclina la proposition de Carpenter, à qui Debra Hill parla alors de Jamie Lee Curtis, fille de Janet Leigh, l’emblématique victime de Norman Bates dans Psychose. Jamie Lee Curtis n’avait jusque-là que tourné pour la télévision. L’idée de devenir le personnage principal d’un film lui provoqua autant de fierté que d’angoisse. Elle crut même avoir été catastrophique lors de son premier jour de tournage, et était persuadée qu’elle serait renvoyée. À la fin de sa première journée, quand elle entendit John Carpenter au téléphone, elle crut que c’était la fin. Mais celui-ci la félicita pour sa performance et elle redoubla de motivation. Elle indiqua d’ailleurs que se fut la seule et unique fois de toute sa carrière qu’elle entendit autant de bien sur une de ses prestations de la part d’un réalisateur avec qui elle a collaboré.

C’est son rôle dans Halloween qui lancera la carrière de Jamie Lee Curtis au cinéma.

Pour le rôle du Dr Loomis, Carpenter souhaitait Peter Cushing, l’éternel nemesis des vampires dans les productions Hammer, ou Christopher Lee, Dracula en personne. Ils rejetèrent tous deux la proposition du réalisateur, ne souhaitant pas tourner dans un film à aussi petit budget. Christopher Lee indiquera plus tard que ce refus fut la plus grosse erreur de sa carrière. C’est le producteur Irwin Yablans qui suggéra Donald Pleasence pour le rôle. De prime abord, celui-ci ne comprenait rien à l’histoire et à son personnage, mais il accepta le rôle à la demande de sa fille Lucy, qui avait adoré la musique que Carpenter avait composé pour son précédent film : Assaut sur le Central 13.

Donald Pleasence interprétera le rôle du Dr Loomis à cinq reprises dans la saga Halloween.

Le personnage de Michael Myers était très clair dans l’esprit et le script de John Carpenter. Seule sa représentation physique à l’écran restait confuse jusqu’au moment du tournage. Dans son scénario, Carpenter décrivait Myers ayant « les traits pâles d’un visage humain », oscillant vers la dominante fantastique du film Les Yeux sans visage réalisé en 1960, dans lequel l’actrice Edith Scob porte un masque blanc sans expression. Myers est dépeint comme une force qu’on ne peut arrêter, comme dans le film Westworld où Yul Brynner interprète un robot indestructible.

L’inquiétante silhouette de Michael Myers dans Halloween : la nuit des masques (1978).

Le choix du masque est le fruit d’un nouveau concours de circonstances. Un masque de clown ou de monstre fut d’abord envisagé, puis la production s’est tournée vers quelque chose de plus sobre et inédit, et proche des aspirations propres au personnage que John Carpenter imaginait. Pour des raisons de budget, la création d’un masque inédit était de rigueur, et la tâche de trouver le masque parfait fut confiée à Tommy Lee Wallace, monteur et responsable de la photographie sur le tournage de Halloween. Il se rendit dans une boutique de costumes, farces et attrapes Bert Wheeler sur Hollywood boulevard, et acheta deux masques. L’un était celui d’un clown triste, l’autre celui du capitaine Kirk dans Star Trek, tous deux étaient des créations Don Post (studio qui continue aujourd’hui à se spécialiser dans les produits dérivés du cinéma d’horreur, dont des masques de la saga Halloween). Ces masques subirent bon nombre de personnalisations afin de ne pas reconnaître leur origine. Le masque de clown, calqué au départ sur le personnage de Emmet Kelly, se vit affublé de cheveux bouclés rouges, tandis que le masque du capitaine Kirk eu beaucoup de retouches. Les cavités oculaires furent agrandies aux ciseaux, les pattes et sourcils furent ôtés. Les cheveux furent secoués pour donner un côté « fou », et le visage recouvert de peinture en spray blanche. Lors des tests, le second masque était indéniablement le plus proche de l’esprit imaginé par Carpenter et Debra Hill pour le personnage. Tommy Lee Wallace l’indiquait lui-même plus tard : « Ce masque a provoqué un frisson dans la pièce. Nous savions alors qu’on tenait quelque chose de vraiment spécial ».

Remanié à partir d’une réplique de Star Trek, le masque de Michael Myers devint instantanément iconique.

Au sujet du mal qui habite Myers, Carpenter confie que lorsqu’il était à l’université du Kentucky, durant ses cours de psychologie, sa classe a effectué une visite dans un hôpital psychiatrique, notamment dans un couloirs de patients particulièrement malades : « J’y ai vu un enfant de 12 ou 13 ans, qui avait ce fameux regard que j’ai fait dépeindre par le personnage joué par Donald Pleasence. Et il l’avait indéniablement. Il était dans un état de schizophrénie silencieuse. Un regard diabolique, qui m’a grandement troublé. C’est la chose la plus effrayante que j’ai vu de ma vie. Parce qu’il était une personne étrangère et complètement dérangée ».

(sources : halloweenmoviefacts, Halloween 25 years of terror, Halloween : a cut above the rest)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

20 + douze =