Halloween 5 : les décisions scénaristiques qui fâchent

« Je n’ai pas aimé Halloween 4, annonce Dominique Othenin-Girard. Je n’en avais pas aimé la musique, la réalisation faisait très série B et les acteurs, hormis les héros du film, n’étaient pas très charismatiques. Avant de postuler auprès des producteurs pour Halloween 5, je n’avais vu que le premier de Carpenter, bien-sûr, quelques morceaux du 3, et le 4. J’avoue que je suis davantage dans la provocation que dans le respect, et je sais que j’ai dévié le film de son rail principal. Mais j’ai la conviction personnelle que le scénario de Moustapha Akkad aurait tué la saga. Avec un film pareil, il n’y aurait jamais eu d’Halloween 6. Alors, oui, il s’est passé six ans avant qu’une suite soit faite à mon film, mais cela ne relève pas de ma responsabilité, bien que nous y avions intégré de nombreuses pistes à explorer« .

Quelle trame allait pouvoir suivre Michael Myers dans cette revanche ?

En remaniant la trame originale inventée par Moustapha Akkad le réalisateur Dominique Othenin-Girard a éradiqué l’idée d’un Myers tuant dans les rêves, comme un nouveau Freddy Krueger qui n’aurait sûrement pas gagné en crédibilité. Malgré cela, une mauvaise idée peut être remplacée par d’autres, plus nombreuses, même si moins farfelues. Dans son audace, Dominique Othenin-Girard n’a pas toujours pris les bonnes décisions pour mener le croquemitaine d’Haddonfield à l’orée des années 90. D’après les fans, certaines prises de position dans le scénario ont amplement contribué à l’échec du film. Pourtant, près d’un quart de siècle plus tard, le réalisateur s’en défend en apportant ses éclaircissements.

Pour le producteur Moustapha Akkad, la règle est simple : un film, un masque.

« Je suis étonné que tant de fans sont repoussés par le choix de notre masque. Personnellement, je détestais celui d’Halloween 4. S’il n’était pas forcément question de renouer avec le design du masque original, mon but était de donner au tueur une allure plus humaine, et donc plus dangereuse, avec des caractéristiques frappantes. Le choix final du masque a été conjointement effectué avec Moustapha Akkad, et j’aime beaucoup ce masque. Je souhaitais y apporter de la dureté, et surtout de la personnalité. Tout ce qui manquait au masque d’Halloween 4« . Il est aussi à préciser que Moustapha Akkad a toujours personnellement tenu à ce que chaque film mette en scène un masque différent, pour marquer et isoler une identité propre à chaque film. Et ce même si l’un d’entre eux fait suite directe au précédent, ce qui est d’ailleurs le cas avec Halloween 5. L’ironie voudra que les affiches des opus 4 et 5 ne présentent même pas le visuel des masques portés par Michael Myers dans ces films.

La petite maison de Michael Myers devient un immense manoir gothique dans Halloween 5

Beaucoup d’interrogations reposent sur le choix de la maison de Myers dans Halloween 5. De la petite bicoque tombant en ruine dans le film original, on passe à un manoir immense et gothique, dans la veine des films d’horreur des années 30. Dominique Othenin-Girard s’en explique : « Pour la maison, mea culpa. J’imagine bien à quel point cela a du créer la surprise pour les spectateurs de découvrir une si grande demeure. Si le but n’était pas de décevoir, je dois avouer que c’est un choix délibéré de ma part. Une maison comme celle du film original n’avait pas une architecture qui m’aurait permis de tourner les scènes du grenier ou celle du conduit à linge. Il y a de grands moments de suspense que nous n’aurions dès lors jamais pu réaliser et ça n’aurait pas marché. Passé cet étonnement face à cette nouvelle maison, je trouve qu’elle a des allures hitchcockiennes, un peu comme celle de Psychose« . À noter que cette maison de Salt Lake City était réellement habitée par une famille lorsqu’elle a été choisie par la production pour être la nouvelle demeure de Michael Myers. « Nous avons envoyé la famille dans un motel et nous avons complètement canardé cette maison (rires) ! Je tenais à lui donner un cachet unique qui allait me permettre d’user de mes effets de lumière. Je suis très content du résultat. La famille en question, par contre, l’a été un peu moins à son retour !« 

Un jeu du chat et de la souris fatal au personnage de Rachel

Mais le choix scénaristique qui fut (et qui est encore) le plus sujet à controverse dans Halloween 5, est la décision de tuer le personnage de Rachel, héroïne du précédent opus. Dominique Othenin-Girard ne peut s’empêcher de sourire à ce sujet : « Evidemment, on savait qu’on tenait là un sujet brûlant. Qui était Rachel dans Halloween 4 ? L’héroïne ? Oui, mais surtout une personne très ordinaire, banale, naïve, bonne pâte. Un personnage simple à qui l’assistance allait fatalement s’identifier, comme Jamie Lee Curtis dans le premier film. Alors qu’est-ce qu’on pouvait bien se dire à l’écriture d’Halloween 5 ? On le savait, et on le voulait : choquer l’audience en la tuant. Priver les fans d’un personnage qu’ils aimaient, et rappeler à tous que personne n’est à l’abri« . Moustapha Akkad était d’accord avec cette décision, même s’il a fini par avouer à ses auditeurs de la convention de Pasadena en 2003 qu’il la regrettait amèrement : « Parmi les erreurs que nous avons commises avec Halloween 5, il y a celle-ci. Et elle est une conséquence de notre principale erreur : celle d’être allé trop vite. Nous n’avions pas de recul par rapport à Halloween 4 qui était sorti moins de 6 mois avant que nous lançions la production du nouveau film. Nous n’avions pas conscience que le public aimait tant le personnage de Rachel ». Ellie Cornell, l’actrice qui interprétait Rachel, revient sur cette décision de supprimer son personnage : « Bien-sûr que j’aurais voulu que mon personnage survive, mais je m’étais préparé à cette décision. J’aurais seulement souhaité que cette mort soit moins facile. Un véritable affrontement aurait été moins lâche pour mon personnage« . Mais Ellie Cornell n’a pas pour autant accepté tout ce qui avait été décidé à son sujet dans Halloween 5 : « Et ça n’a pas été une mince affaire, croyez-moi ! Je devais mourir d’un coup de ciseaux dans la gorge. Atroce ! C’était hors de question. Alors ils ont réécrit l’extrait et je suis frappée dans le coeur. C’est déjà un peu plus valable. J’estime en avoir accepté assez pour ce film : une scène de potiche sous la douche, courir dans mon jardin en serviette, et mourir prématurément. J’ai fait ma part du gâteau. Mais ne me demandez plus pourquoi je n’aime pas ce film« .

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