Halloween 5 : l’origine de la revanche de Michael Myers

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« Je suis venu aux USA pour apprendre à utiliser la matière narrative qui est répandue dans un certain genre de film américain, pour me plier à certaines règles de production et apprendre mon métier de cinéaste. Avoir l’opportunité de réaliser Halloween 5 était parfait pour moi », révèle Dominique Othenin-Girard. Né en Suisse le 13 février 1958, il se dirige très tôt vers une carrière au cinéma. Il a tout juste 27 ans lorsqu’il réalise son premier long métrage : After Darkness, un film d’horreur avec John Hurt, Julian Sands et… Victoria Abril. Le film sera primé au Festival de Berlin, et lui donnera l’envie de saisir sa chance en se rendant aux Etats-Unis pour parfaire son talent. Tout en suivant des cours dans la prestigieuse Film School à Detroit, il réalise Night Angel (retitré à l’international par Deliver us from evil) avec Karen Black. À l’occasion du Sundance Film Festival, il rencontre Debra Hill, co-scénariste et productrice du premier Halloween, qui semble intéressée par son travail et à son mode opératoire de mise en scène. C’est elle qui l’informe que Moustapha Akkad est à la recherche d’un scénariste et un réalisateur pour Halloween 5. Il entre alors en contact avec l’équipe de pré-production du film, nous sommes alors au début de l’année 1989.

Dominique Othenin-Girard en mars 2010 lors d’une interview exclusive avec ZeShape à Genève.

Le jeune homme reçoit une ébauche de scénario un mercredi, et le devoir de le lire et de présenter ses observations lors d’un rendez-vous avec Moustapha Akkad prévu pour le lundi qui suit. Ce jour-là, avec en bagages son audace et un grand nombre d’idées sur papier, il se rend à Hollywood pour cet entretien. Interrogé sur l’ébauche de scénario qu’on lui avait remis, Dominique Othenin-Girard qualifie le script comme un « pot-pourri bon pour la poubelle », à la stupéfaction du producteur exécutif. Selon lui, cette ébauche (dont la plupart était signée Moustapha Akkad lui-même) est vouée à l’échec. Elle était un tissu de tout ce que le slasher avait engendré durant les années 80 (un nombre de morts incommensurable, façon Vendredi 13 ; et une incursion dans le monde des rêves, comme dans Les Griffes de la Nuit). Certes les films de ces sagas respectives rencontraient de grands succès au cinéma, mais présentaient de grands signes d’essoufflements et étaient surtout aux antipodes de ce qu’était Halloween à l’origine ! « J’ai refusé le scénario que l’on m’avait proposé initialement, un mélange de Vendredi 13 et Freddy, avec 35 meurtres ! Des bus pleins qui mourraient ! Ce n’est pas ce qui m’intéressait, et ce n’est certainement pas ce qui allait intéresser le public d’un Halloween« . Dans cette ébauche, l’univers des rêves était dépeint par le fait que la petite fille poursuivie par Michael Myers faisait des cauchemars dans lesquels sévissaient jusqu’à six croquemitaines au masque blanc. Cette histoire de rêves était surtout un prolongement de celui que Jamie Lloyd fait au début d’Halloween 4, mêlé au phénomène de multiplication des tueurs masqués qui joue un tour à Loomis et Meeker plus tard dans le film. « C’était incohérent, même pour le cinquième film d’une saga ». Othenin-Girard tenta donc de présenter sa vision des choses à Akkad en soulignant le fait que la critique devenait de plus en plus sévère avec les séquelles au cinéma, et que pour garantir la longévité de la saga Halloween, il fallait nécessairement changer de direction. Intéressé par les idées du jeune homme, Moustapha Akkad lui cède donc la tâche de la rédaction du scénario d’Halloween 5.

Faisant à nouveau appel à son audace, il impose à la production son ami scénariste Michael Jacobs, avec qui il s’interroge tout de suite sur la trame principale qu’aura le film, tout en répondant au plus vite à une question primordiale pour les événements futurs du script : faut-il poursuivre la ligne scénaristique amenée durant l’épilogue d’Halloween 4 ou innocenter Jamie de son geste barbare à la fin du métrage ? Dominique Othenin-Girard et son associé prendront très vite la décision de disculper la petite fille, évitant le phénomène du copycat et renouant avec l’équilibre bourreau et victime fondamental dans la continuité des films de la saga. Toutefois, il n’ignore pas totalement ce geste et conserve l’idée que la petite fille a reçu l’influence de Michael Myers et qu’elle a dorénavant un pouvoir lui permettant d’anticiper les actions du monstre. Malgré des délais extrêmement courts (l’urgence était dès l’origine un ingrédient du film, étant donné qu’après cet entretien Dominique Othenin-Girard eut quatre semaines pour la rédaction du scénario, puis six semaines de préparation, six semaines de tournage, et six semaines de montage avant la sortie, déjà prévue pour le 13 octobre de la même année), Halloween 5 : la revanche de Michael Myers était en marche.

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