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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

LE SLASHER DU MOIS : URBAN LEGEND (1998)

Ceux qui considèrent qu’Urban Legend n’existe que grâce au succès de Scream passent non seulement à côté d’un véritable bijou de terreur, mais prennent le risque de n’apprécier aucun slasher pour ce qu’il peut apporter au genre au lieu de seulement chercher à le copier. Première réalisation de l’australien Jamie Blanks (Mortelle Saint-Valentin), disparu il y a quelques mois, Urban Legend démarre avec une scène d’intro culte, aidé par la musique puissante de Christopher Young (Hellraiser 2, The Grudge), qui dévoile déjà tout le potentiel pessimiste de son univers au rythme effréné. Dotée d’un grand sens du suspense, l’intrigue va vite emporter le spectateur, qui sera très vite conduit à l’université de Pendleton, où des meurtres vont secouer le corps étudiant. La jeune Natalie va suspecter un tueur en série de s’en prendre à ses amis en perpétrant une hécatombe calquée sur des légendes locales ayant basculé dans l’inconscient collectif. Donnant ainsi un piquant et une originalité indéniable aux mises à mort, le film va devenir une enquête mêlant fantastique, folklore et comédie noire.

Dès l’ouverture du film, on sait qu’on n’est pas là pour rigoler !

Urban Legend est, avec Souviens-toi l’été dernier, le plus digne représentant de la vague néo-slasher post-Scream, car il répond bien évidemment aux codes presque devenus mécaniques depuis la création du genre. Pourtant, il se démarque de l’allure méta développée dans Scream et ses suites en mettant en avant une ambiance basée sur des mythes et notre réalité plutôt qu’un regard sur le cinéma en tant que tel. Loin de chercher à révolutionner quoi que ce soit, le film de Jamie Blanks est en fait une parfaite illustration du genre old school, passé à la mode (et aux moyens) des années 90, c’est-à-dire avec un sens de la satire, de l’ironie, le tout traité avec un incroyable sérieux. Nous ne sommes pas dans l’auto-dérision, mais dans l’activation des peurs collectives, des on dit, à travers les légendes locales matérialisées pour créer la panique. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que Urban Legend est plus célèbre pour son développement des légendes que pour le look de son tueur en série (qui avait d’ailleurs été développé au départ avec l’intention de situer son intrigue dans un cadre enneigé, avant que les circonstances obligent la production à abandonner cette idée), et qui aurait pu étendre son potentiel infini dans de nombreuses suites (plutôt que dans les étranges trames des deux films qui ont suivi).

Des étudiants qui maîtrisent leurs sujets… mais jusqu’où ?

Cette force narrative vient du pouvoir des histoires relatées dans le film, appartenant au folklore américain au point que l’inconscient collectif est persuadé de sa véracité (« C’est arrivé à l’ami d’un ami ! »). Des légendes qui, avec la même force que les fables et pamphlets par chez nous, ont conduit les gens à adopter une morale ou une conduite de vie exemplaire pour éviter la punition et les représailles de la débauche. Conduisant ainsi la trame vers le même type de schéma qui veut que pour survivre à un film d’horreur, il faut être vierge, sobre et futé, Urban Legend se joue surtout de l’impact de ces légendes sur les étudiants qui vont se les prendre en pleine figure. Le spectateur, quant à lui, aura autant de raisons d’être projeté dans le film, son empathie pour les personnages confrontés à la mort s’ajoute à celle de ses croyances personnelles pour ces dites légendes. Cette peur du mystère dont on connaît les fondements mais dont on ignore où, quand et comment il va frapper amorce aussi le principe dépeint dans la saga Destination finale, avec la grande faucheuse elle-même dans le rôle de la lectrice du recueil des légendes fatales. La référence culturelle devient donc un instrument de suspense, et Urban Legend forge son impact sur quelques histoires entendues un soir au coin du feu plutôt que sur la multi-référence à d’innombrables films du genre. Scream et lui abordent finalement chacun à leur manière la connaissance des classiques, qu’ils s’agisse de cinéma pour l’un ou de folklore pour l’autre. Et si Urban Legend paraît dès lors plus conventionnel que Scream, qui n’est montré inventif en portant un nouveau regard sur le genre, le film de Jamie Blanks n’en est pas moins un excellent drive de séquences violentes et punchy. Ceux qui veulent de la référence méta ultra-cinématographique n’auront qu’à regarder Urban Legend 2 : coup de grâce, qui plonge dedans la tête bien en avant.

Michael Rosenbaum et Tara Raid, archétypes indémodables des nineties.

Mais en attendant, place à ce que le film fait de mieux : développer la peur à partir d’un quotidien faussement sécurisant, de l’intérieur d’une voiture à une salle de cours, ou d’un objet du quotidien ne manifestant de prime abord aucun aspect horrifique, du sachet de bonbons qui claquent dans la bouche au micro-ondes qu’on appréhende d’ouvrir. Sans oublier qu’il y a un certain plaisir à voir ces étudiants, tous plus nombrilistes et sûrs d’eux les uns que les autres, se moquer ouvertement de ces adages et tomber comme des mouches après avoir réalisé trop tard qu’une légende s’appuie toujours sur quelque chose de vrai… et parfois de mortel. Les imprudents s’élèveront dans les airs, la corde au cou, ou tomberont dans les tréfonds sous les coups de hache d’un tueur pourvu non seulement d’une arme démentielle mais aussi d’un mobile on-ne-peut mieux choisi au vu des circonstances. Au registre des anecdotes, l’université qui a servi au film est la même que celle de Macabre party, un autre slasher issu des années 80 ; tandis que le petit monde de l’horreur mentionne que Reese Witherspoon, puis Jennifer Love-Hewitt, ont décliné l’offre du premier rôle de ce film, la dernière ayant préféré l’intrigue de Souviens-toi l’été dernier, tourné à la même période.

Robert Englund, ou la classe à l’état pur.

Au casting de cette sanglante joyeuseté figure Alicia Witt (Longlegs) en final girl dépassée par l’ampleur de la conspiration qui se joue d’elle. Le cliché qu’elle représente dans la genre a ici pour différence qu’elle subit la véritable conséquence d’un acte qu’elle a choisi d’enterrer, mais qu’elle n’est plus seule à connaître. La vérité est que son comportement et son déni l’empêchent de lever le voile sur un mystère qui était sous ses yeux depuis le début. Son personnage n’a certes pas le potentiel mémorable d’une Sidney Prescott ou d’une Julie James, mais cet exercice en viendrait à comparer chaque héroïne de slasher à la Laurie Strode originelle. Principe facile mais stérile. À ses côtés, Rebecca Gayheart (Scream 2), Tara Raid (Sharknado), Michael Rosenbaum (Smallville), Joshua Jackson (Dawson) et Jared Leto (Requiem for a dream) camperont la bande d’ados suffisants aux prises avec « l’autre » génération, menée par Robert Englund (saga Freddy), Brad Dourif (saga Chucky), John Neville (Le baron de Münchausen) ou la pétillante Loretta Devine, qui murmure les plus tranchantes tirades de Pam Grier, l’icône de la blaxploitation des années 70. En fait, Urban Legend réunit une multitude de visages connus, contribuant au plaisir de le redécouvrir, ne serait-ce que pour revoir encore une fois la sinistre destinée de Danielle Harris (Halloween 4 et 5) en étudiante gothique accro au lithium et aux pratiques sexuelles extrêmes. Un contre-emploi que l’actrice avait surtout accepté pour pouvoir fumer librement sur le tournage, au point même qu’elle eut fini par en être totalement dégoûtée après la sortie du métrage.

Attention, ça va couper !

Car notre tueur, dans tout ça, ne démérite ni par son allure (simple et efficace), ni par son traitement (de rares plans sur lui, pour en garder l’impact à chaque apparition). Maniant la hache avec dextérité (pour l’anecdote, le véhicule de la scène d’intro devait d’abord être un Land Rover, mais jugé finalement trop étroit pour y faire entrer la dite hache !), mais ne boudant pas le plaisir de manier la corde, le couteau, le scalpel ou les produits corrosifs injectés directement dans le gosier avec tubes et entonnoir. Tout ça au service d’une vengeance dont les arguments ne pourront laisser de marbre, bouclant la boucle avec talent et un certain sens du spectacle. Dommage peut-être que l’allure théâtrale de ce dernier acte donne à la folie une allure de surenchère parodique. Mais on appréciera cette révélation comme un sonné de cloches qui justifie les écarts par de sordides et subtiles indices disséminés et contre carrés jusqu’à lors (du nom de Brenda Bates en écho au tueur schizophrène de Psychose à la traduction littérale de la devise de l’université de Pendleton : « Amicum Optimum Factum« , soit « C’est l’oeuvre de la meilleure amie« ). Urban Legend ne manque finalement ni de force ni d’impact, dès lors qu’il est jugé à sa juste valeur. Et les séquences iconiques dont il regorge, de la course poursuite terrifiante dans les locaux de la radio à l’agression mortelle maquillée en coït avant le message morbide peint sur le murs, n’ont pas pris une ride. Il suffit de voir comme la séquence d’introduction reste la plus représentative du pouvoir du film, autant que de la dramatique légende dont elle s’inspire.

Natalie et Brenda, amies à la vie à la mort
URBAN LEGEND, UN FILM DE JAMIE BLANKS, USA, 1998
● les + : un slasher de qualité qui ne manque ni d’originalité ni de mordant dans son traitement.
● les – : quelques soucis dans l’interprétation des acteurs, mais c’est chercher la petite bête…

● les meilleures séquences dU film : la scène d’intro, culte, et le chemin de croix de Sasha dans la station radio.

● la pire scène dU FILM : on a beau chercher, tout est régal dans ce film, même si le final aurait pu être moins théâtral et plus cruel encore !
Verdict : *****

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