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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

LE SLASHER DU MOIS : VENDREDI 13, CHAPITRE 2 : LE TUEUR DU VENDREDI (1981)

Si la saga Vendredi 13, est, tout comme Halloween, la saga de slashers par excellence, elle a construit les fondamentaux du genre plus qu’elle ne les a suivi. En effet, le slasher n’étant plus à ses débuts, les séquelles étaient encore pourtant rares, et l’année 1981 a vu débarquer les suites des deux fleurons avec les retours en salles de Jason Voorhees et Michael Myers, prêts chacun à leur manière à réitérer leurs exploits précédents au box-office. L’idée n’était pas encore de surenchérir (le principe même d’une suite), mais de reproduire le schéma qui avait conduit au succès. Si Halloween II déplace sa structure narrative dans un inquiétant hôpital, Vendredi 13, chapitre 2 repose ses sacs à dos à Crystal Lake, bien une ce nouveau camp de vacances soit voisin des lieux meurtriers du premier opus. Dans les prémices de cette saga qui n’aura pas fini de répéter inlassablement la même histoire, la légende de Jason Voorhees ne fait ici que commencer, après avoir été citée au coin du feu au milieu de toutes les légendes locales. Cette fois pourtant, pas de rêves ou de contes macabres, le croquemitaine (encore amateur avec son look forestier et son sac à pommes de terre sur le visage) est bel et bien là, rôdant près de cette école formant de nouveaux moniteurs de vaca,ces, et prêt à trancher dans le lard pour assouvir sa vengeance.

Histoires macabres au coin du feu

La force première de ce film est d’exploiter cette légende pour en faire une menace concrète. À sa manière, il pourrait être le premier film de la saga, mettant véritablement en lumière qui est Jason (ou ce qu’il pourrait être), ses motivations, sa raison d’être. Le mélange du mythe et de réalité donne également plus de consistance aux personnages qui s’amusent ou tremblent à l’idée que Jason soit réel. La montée de la tension est palpable, aidée par la courte durée du métrage (une fois la scène d’ouverture et la final girl originelle écartés) et des effets visuels certes vieillissants mais toujours efficaces (les lumières stroboscopiques bleutées en guise d’orage, les flashs blancs clôturant chaque séquence choc). L’autre force du métrage réside dans la réalisation hyper stylisée de Steve Miner (futur metteur en scène du chapitre 3 et d’Halloween 20 ans après), qui manie les travelling avec autant de brio que imparable vue subjective. Ces mouvements de caméras et formules actives entretiennent le rythme à défaut de présenter des meurtres aussi graphiques que le premier opus. L’angoisse reste au premier plan avec des morts choquantes comme celle du jeune homme en fauteuil roulant ou la double broche du couple après l’amour.

Shérif, fais-moi peur !

Le tueur du Vendredi regorge également de scènes au rythme effréné qui le rendent nerveux (l’attaque dans la voiture, toute la confrontation finale) et qui offre à Amy Steel un rôle d’envergure un statut de survivante battante qu’elles retrouvera dans Weekend de terreur en 1986. De son côté, Jason Voorhees, encore jeune et mortel, déambule et distille une angoisse partagée entre son look affreux et sa carrure de chasseur armé d’une fourche, d’une pioche ou d’une lance. Il reste pourtant un débutant qui est encore sensible aux coups qu’ont lui porte, tombe d’une chaise ou recule face à une assaillante qui l’attaque avec une tronçonneuse. Il n’est donc encore qu’une pantin sous l’influence de sa mère et dépourvu d’une réelle consistance individuelle. Comme si les producteurs cherchaient à en garder sous le coude pour plus tard, bien qu’on sache avec le recul que le personnage ne s’est jamais particulièrement étoffé par la suite, malgré de légères tentatives. En tous les cas, le mystère sur l’identité du tueur n’est plus, et la saga plonge dans la redite à répétition, sur un schéma peu évolutif qui résonnera comme un cauchemar que les spectateurs s’offriront à l’avenir avec la récurrence de la date fatidique du vendredi 13 sur leur calendrier.

Alice au pays des cauchemars

Quelques easter eggs, souvent involontaires, viendront donner du corps au mythe de ca chapitre parfois oublier, à tort, au profit de l’opus 3 tourné en 3D et donnant son masque à Jason. Il est pourtant fait mention ici de hockey par une console de jeu portable, comme un présage de ce qui habillera bientôt le croquemitaine increvable. La séquence de la voiture sera reprise dans Scream, la chemise de bûcheron de Jason est copiée sur le look du tueur de Terreur sur la ville (1976), le meurtre au marteau est similaire dans Halloween II, et les attaques à la tronçonneuse sans rappeler un autre tueur de légende. À noter aussi que le générique offre à Warrington Gilette le rôle de Jason Voorhees, alors que l’acteur est essentiellement remplacé à l’écran par sa doublure Steve Daskawisz, mais que le réalisateur Steve Miner laissera dans l’ombre à cause de relations conflictuelles sur le tournage. Pour l’anecdote, Jason est même joué par une femme dans la scène d’ouverture, le tueur marchant dans les rues nocturnes étant celles de la costumière Ellen Tunner. Il s’agira du seul film dans lequel une femme aura interprété le rôle.

L’affaire est dans le sac !

Si la direction que devait prendre cette suite n’a pas été immédiate (le producteur Sean S Cunningham hésitait avec une toute autre histoire se déroulant un vendredi 13, conférant à une saga d’anthologies indépendantes plutôt que surfant sur un même lieu et personnage), on note dans ce Friday the 13th part 2 la particularité de ne pas assassiner tous les personnages (Ted et Paul pourront se vanter d’avoir échappé au massacre tout comme la final girl Ginny) et de maîtriser l’art du suspense avec une fenêtre de tir encore hésitante sur son avenir mais s’offrant tout de même une porte ouverte sur la suite, que s’empresseront de mettre en chantier les avides producteurs. Car ce nouveau succès commercial (excepté en France où il se plante assez lamentablement) est une surprise jusque pour Cunningham, qui se réjouit de la tournure des événements, et ne cherchera même plus à en modifier la conduite. Jason est prêt à tuer encore et encore, tant que le public fera salles combles à la vue de ses sanglants exploits. Pamela Voorhees ne sera pour autant pas tout à fait mise à l’écart et restera indissociable de son taré de fils, mais restera sur le côté, bien que le plan final devait à l’origine donner à la tête momifiée de la mère de Jason le pouvoir d’ouvrir les yeux et sourire, avant que le réalisateur ne décide finalement d’épargner au public une séquence qu’il jugeait lui-même stupide et déconvenue.

Une final girl à la pointe de son époque.

Adrienne King n’était pas au courant que son personnage était tué dans le film, ni même que cette séquence servirait d’ouverture au métrage (qui compte d’ailleurs parmi les plus longues scènes pré-génériques de l’histoire du cinéma de l’époque). N’ayant eu aucun scénario avant son arrivée sur le tournage, pour des séquences qui furent mises en bobine en deux jours, l’interprète d’Alice dut improviser l’essentiel de sa conversation avec sa mère au téléphone. C’est là toute la dimension apportée par l’actrice à son personnage, qui allait disparaître soudainement à la grande surprise du public, qui voyait en Alice une femme forte prête à en découdre encore, comme l’était Jamie Lee Curtis dans Halloween. Betsy Palmer enregistrera ses scènes en une demie journée, au point-même de ne plus s’en souvenir ensuite. Tout comme beaucoup de personnes objectives sur la saga, il lui apparaissait étrange, si ce n’ est complètement idiot, de faire de Jason le héros de la saga, après qu’il était passé pour mort depuis des années, et que ce drame ait conduit aux événements tragiques du premier opus. Pourquoi Jason est-il resté dans les bois s’il était capable de se rendre en ville pour tuer Alice ? Pourquoi n’est-il jamais retourné auprès de sa mère ? Le mythe de Jason Voorhees a grandi sur ce malaise scénaristique pour finalement s’en dépêtrer au détriment du bon sens, qualité qui n’est pas primordiale en matière de slasher movies, reconnaissons-le. En tout et pour tout, bourré de surprises et non avare en rythme et en scènes épineuses, Vendredi 13, chapitre 2 : le tueur du vendredi, reste un des meilleurs représentants du slasher et de sa saga encore en rodage, et donne aux notes stridentes du compositeur Harry Manfredini un prolongement légitime d’une vraie nuit de terreur au bord du lac de Crystal Lake.

VENDREDI 13, chapitre 2 : le tueur du vendredi
(FRIDAY THE 13TH part II),
UN FILM DE STEVE MINER, USA, 1981
● les + : UN VENDREDI 13 rythmé qui exploite véritablement les éléments restés très aériens dans le premier opus.
● les – : un mythe qui parsème de bêtise l’aura complète de la saga, jouant sur le retour d’un personnage laissé pour mort alors que toute l’intrigue du premier opus reposait sur ce point.
● les meilleures séquences dU film : la scène d’intro, longue et efficace, le meurtre choc à la machette plantée en plein visage, et toutes les scènes avec l’incroyable final girl Amy Steel.
● les pires scènes dU FILM : un montage peut-être un peu confus et moins énergique que les scènes qu’il illustre, notamment dans les autres mises à mort du métrage, réduisant leur impact et leur mémoire.
Verdict : *****

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