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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

LE SLASHER DU MOIS : VENDREDI 13 (1980)

À la bataille, très serrée, de celui qui allait le mieux copier Halloween et s’en sortir suffisamment sans que le plagiat soit découvert, Vendredi 13 s’en sort avec tous les honneurs. Mais de justesse ! Car la légende n’a jamais tari l’exploitation assumée du film de Carpenter par le réalisateur et producteur Sean S. Cunningham, qui, comme beaucoup, rêvait de réitérer le succès surprise du film qui a engendré malgré lui une mode cinématographique sur laquelle il fallait absolument surfer. Son objectif est simple, même après tant d’autres : réaliser le film d’horreur le plus effrayant jamais mis en bobine. Après la date du 31 octobre, synonyme d’Halloween, Cunningham choisit celle du Vendredi 13, dépose le titre, et confie à son ami et associé Victor Miller la tâche de coller au plus près du film de Carpenter pour ce scénario. Un nouveau contexte est dévoilé, après la petite ville de banlieue américaine : un camp de vacances en plein été, lieu qui isolera des jeunes aux prises avec un tueur mystérieux et particulièrement revanchard. Si le procédé ressemble en effet terriblement à La nuit des masques, dont la simplicité dans sa trame ne pouvait de toute manière pas accoucher d’un film particulièrement élaboré, Vendredi 13 va pourtant incorporer à son scénario, et au genre tout entier, un ingrédient indissociable qui va à son tour devenir un incontournable : l’identité secrète de son tueur jusqu’à la bobine finale.

Une belle brochette de champions, spéciale camp de vacances.

Derrière l’idée opportuniste de copier un succès critique et commercial, chose que l’on a souvent reproché gratuitement à Vendredi 13, il y a aussi et surtout des idées qui ont permis au film de marquer les mémoires : son casting, sa musique, et ses effets visuels. Car là où Carpenter excellait dans l’art de la suggestion, l’entrée dans les années 80 va complètement retourner cette notion en dévoilant à l’écran un maximum de séquences choc pour assurer aux spectateurs un trouillomètre à son paroxysme pour cette séance ciné endiablée. Cunningham confère à Tom Savini, déjà fort d’une notoriété méritée sur les maquillages de Zombie de George Romero en 1978, le soin de crédibiliser les effets gore des meurtres du film. Et ceux-ci seront nombreux ! Le demi-million de dollars de budget sera donc à disséminer avec justesse : injecter dans le réalisme et le choc, promouvoir à foison, et économiser sur le reste (voyez par là sur les lieux de tournage d’un bois paumé du New Jersey, et les acteurs triés sur le volet). Et le miracle opère : ça marche à fond !

Un contexte dans lequel chaque spectateur peut parfaitement s’imaginer.

C’est en effet là l’autre aspect lucratif du slasher : celui de mettre en lumière et pour pas cher de nouveaux visages via des acteurs totalement anonymes en soif de notoriété. Les personnages étant des copies conformes du public venant voir ces films, le talent d’acteur n’est absolument pas nécessaire, et sur les milliers de jeunes venus tenter leur chance à Hollywood, certains vont disparaître aussi vite qu’ils sont venus, tandis que d’autres entreront dans la légende, parfois à leur plus grand désarroi. Concernant Vendredi 13, on ne peut passer à côté de Kevin Bacon, qui honore le film de son tout début de carrière, et fondu au noir par une mise à mort dont l’excellence technique est encore dans tous les esprits. Adrienne King, quant à elle, écope du titre de final girl (forte et fragile, dépassée mais courageuse) dans cette amère histoire de vengeance meurtrière, et disparait un temps des écrans malgré cette soudaine célébrité. La raison : elle devient dans la réalité la proie d’un véritable psychopathe qui lui voue un culte malsain après l’avoir découvert dans le film. Enfin, ne passons pas à côté de Betsy Palmer, ex-star de la télévision américaine des années 60, qui accepte le rôle de madame Voorhees en ne croyant à aucune seconde que ce métrage qu’elle qualifie à sa lecture de « véritable m… » pourra s’accompagner du moindre petit succès. 40 millions de dollars de recettes plus tard, l’actrice admettra encore une fois qu’elle n’avait absolument pas considéré le potentiel de cette bobine à l’époque, et qu’une partie d’elle ne l’explique d’ailleurs toujours pas aujourd’hui.

Kevin Bacon se retrouve la gorge nouée à la fin des vacances…

Vendredi 13, c’est la vraie vie. Rien n’est édulcoré. Sa simplicité s’ajoute à son authenticité. Une colonie de vacances dans les bois, de jeunes moniteurs inconscients, un lac gorgé d’histoires et de légendes locales ténébreuses, une météo estivale parsemée de pluies diluviennes, des chalets au milieu d’une nature poisseuse, tout sent la sueur. Tant celle des vacances d’été que celle de la montée de l’angoisse, distillée d’abord savamment avec une musique de plus en plus crispante jusqu’aux éclatements de vitres dans le sang et dans les tripes. Les notes de Harry Manfredini, compositeur qui n’abandonnera jamais cette longue saga, sont indissociables de l’univers macabre de Crystal Lake, avec ce « Ki ki ki ma ma ma ! », raccourci du « Kill her Mommy ! » qui résonne dans la tête de l’assassin comme une comptine sordide et éternelle. Si Jason Voorhees, le croquemitaine associé à cette saga, est quasi-absent de ce premier opus, c’est justement parce que ce Vendredi 13 ne manque pas de renverser les tendances alors qu’il ne tenait qu’à user jusqu’à plus soif des grosses ficelles déjà conférées au plus bas cliché. La légende est en place, les mythes prennent vie, et le massacre ne fait que commencer. Et si quelques baisses de rythme viennent parfois endommager la linéarité du film, tout comme des morts hors champ qui apportent une dose malvenue de surenchère gratuite, Vendredi 13 va briller au plus noir de la nuit avec la révélation fracassante de son tueur, son mobile, et tous les aspects de sa folle personnalité, dans un affrontement épique qui finit par un ultime assaut et surtout une vraie prouesse technique pour l’époque signée Tom Savini. Fort de tous ces moments d’anthologie, Vendredi 13 se clôture même sur un twist final qui ouvre grand les bras à un croquemitaine qui ne perdra pas une miette de son interminable exploitation commerciale. 

Tout ça m’a donné un sacré mal de crâne…

Forte de douze films à ce jour, la saga Vendredi 13 est née dans la lumière d’Halloween, mais a surtout réussi le pari de se démarquer de la pâle copie en injectant assez d’énergie et de moyens à son scénario aux apparences sommaires mais déjà riche d’un potentiel rare. Sa légende se construit dans les flammes d’un feu de camp, dans les rires de ceux qui ne croient pas aux histoires de fantômes, puis dans les yeux écarquillés des victimes face à la lame qui va leur ôter la vie. Plus noir que fun, Vendredi 13 appartient encore à la catégorie des slashers qui souhaitaient vraiment faire peur, ne donnant à aucun moment l’impression d’être une copie d’un film, mais bel et bien la meilleure représentation de sa catégorie, celle que le public attend d’un film de genre, pour une soirée pop corn qui promet de ne jamais s’arrêter… même une fois le soleil à nouveau levé sur les rives faussement tranquilles de Crystal Lake.

Alice au pays des (absolument pas) merveilles
VENDREDI 13 (FRIDAY THE 13TH),
UN FILM DE SEAN S. CUNNINGHAM, USA, 1980
● les + : CE QUE HALLOWEEN N’AVAIT PAS ENCORE FIXé COMME RÈGLES AU SLASHER INTERVIENT ICI AVEC BRIO DANS VENDREDI 13.
les – : DE BONNES IDéES CONTREBALANCéES PAR UN CÔté CHEAP ET PASSABLEMENT ENNUYEUX, DOMMAGE…
les meilleures séquences dU film : TOUTE LA PARTIE FINALE, DÈS LA RéVéLATION DE L’ASSASSIN, ET QUELQUES MEURTRES GRATINéS QUI PONCTUENT LE FILM.
les pires scènes dU FILM : QUELQUES GROSSES FICELLES AYANT MAL VIEILLI ET DES PERSONNAGES EN-DEçA DES ATTENTES QUI FONT OFFICE DE BAISSE DE RéGIME AU MILIEU DU MéTRAGE.
Verdict : *****

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