ZESHAPEHALLOWEEN

L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

LE SLASHER DU MOIS : ZIPPERFACE, LE MASQUE DE LA PEUR (1991)

Zipperface, c’est vraiment un cas. Le cas du film qui aurait pu être plein de choses et qui finalement n’est rien. On ressent tellement de pitié à son visionnage qu’on lui trouve des débuts d’idées inexploitées, des tentatives vagues et ratées, et on lui voue presque un début d’affection pour les barres de rires que cette aberrante bobine provoque, une fois l’ennui écarté. La trame est simple : une enquête sur des meurtres de prostituées, perpétrés par un énergumène tout vêtu de cuir dans les bas-fonds de Palm City, une petite ville californienne. Si la qualité très moyenne de la réalisation va de paire avec celle des trois lignes de scénario, la vraie pépite réside ailleurs : sous la couche épaisse de risible qui cache un regard tendre mais déjà obsolète sur le film noir des années 80, un genre qui n’a finalement jamais vraiment existé. C’est ça le comble.

« Oui, je suis le tueur. Pourquoi vous riez ? »

Le vrai reproche à faire à Zipperface n’est même pas forcément de cumuler tous les pires clichés du genre, c’est justement de ne correspondre à aucun d’entre eux. Car si l’idée de base pourrait faire penser à un slasher de sous-catégorie qui a le malheur de sortir avec 10 ans de retard, il est en fait référencé (bien que le mot est fort) en tant que thriller ou film noir, façon Seven ou Le silence des agneaux, dépeignant les actes d’un tueur fou dans un lieu sordide et après lequel patine l’enquête policière chargée de lui mettre la main dessus. Est-on vraiment face à un thriller ? Oui et non, puisque l’attrait général en fait davantage un produit télévisuel du samedi après-midi qu’on va se farcir pendant un weekend pluvieux chez mamie. À cela près que les victimes sont des prostituées toute poitrine dehors et que le tueur « méthodique » frappe à coups de fouet et de machette. Du coup, le téléfilm prend une toute autre tournure, et se voit propulsé en programmation rose du samedi soir, sur un autre type de chaîne. Est-ce que le réalisateur Mansour Pourmand, sinistre inconnu n’ayant pas réitéré l’exercice après ce méfait, avait l’audace d’un metteur en scène désireux de pimenter son action pour faire le régal des rayons olé-olé des vidéos-clubs ? Peut-être. Mais n’est pas réalisateur qui veut, et au risque de perdre le spectateur, nous sommes surtout à des années lumière du type d’intrigue qui permet au moins de se rincer l’oeil comme certains lubriques auraient pu faire devant Hatchetman, Le ripper de New York, ou American Psycho.

Ni putes ni soumises ? Ah ben si…

Alors il se passe quoi, dans Zipperface ? Eh bien pas grand-chose. L’officier Lisa Ryder est promue détective après une arrestation musclée, lui attirant les foudres de collègues envieux. Et surtout, elle se voit confiée l’enquête de la mort de prostituées à quelques jours des élections municipales, et madame la maire ne veut surtout pas que cette affaire entache ses chances d’être réélue. Lisa et son coéquipier vont donc chercher à résoudre cette enquête en suivant les traces de nombreux suspects, d’un photographe dont Lisa s’amourache rapidement, à l’équipe entourant madame la maire. Le tueur, quant à lui, continue son petit bonhomme de chemin, frappant des femmes de petite vertue en leur tordant le coup avec un fouet, les décapitant à la machette, ou en les balançant ligotées depuis l’étage. À ses heures perdues, il allonge les victimes à son tableau de chasse en les étranglant de ses mains gantées ou fonçant droit sur elles avec sa voiture, avant de prendre la fuite avec la plus déconcertante facilité. Il faut d’ailleurs admirer cette prouesse, l’animal étant engoncé dans une tenue de cuir noir complète qui ne doit pas lui faciliter la tâche, les bruits de frottement de la matière traduisant la délicatesse de déambuler dans cet accoutrement, même lors des jeux coquins censés pimenter la partie.

L’officier Dindon et la détective Poulette veillent au grain !

Si l’enquête déroule ses aberrants coups de théâtre avec un ennui déconcertant, à grands renforts de musiques de suspense à chaque fois qu’on doit douter des agissements de tel ou tel personnage, la drôlerie qui réside en Zipperface est d’avoir en permanence l’air complètement à côté de la plaque, comme un film fauché à la limite de la parodie. Les personnages étant tous des clichés ambulants, l’intérêt repose peut-être sur ce qui se cache derrière les simagrées de ces catégories bien distinctes, soit les éminences de la ville d’un côté (le staff de la mairie), le bas peuple de l’autre (les prostituées et la police à la ramasse), et ce tueur en cuir au milieu, qui s’en prend à l’un au nez et à la barbe de l’autre. Au fond, qu’est-ce qui anime ce tueur ? S’enlise-t-il dans une spirale meurtrière après un premier méfait accidentel ? Essaie-t-il de calmer une véritable soif de tuer ? Comptez sur les scénaristes pour vous servir sur un plateau d’argent un vrai moment d’anthologie lors du dévoilement final, qui, après avoir donné le sentiment de toucher le fond prouve qu’il était encore possible de descendre d’un étage. Alors peut-on tout de même trouver matière à analyser un semblant d’intérêt dans Zipperface ? Oui, et pas pour les raisons attendues.

Sympa, la déco !

Les années 90 donnent un peu le sentiment que le slasher a besoin d’évoluer, comme un virus qui doit s’adapter à son époque, mais sans trop savoir de quelle façon muter. En lorgnant vers le thriller érotique, Zipperface aurait peut-être pu tirer son épingle du jeu, s’il ne se moquait pas ouvertement de tout et de tous. Car finalement, que ce soit la police, les prostituées, les responsables politiques ou les religieux, tous deviennent la risée de cette enquête improbable où le sadomasochisme, loin de surfer sur le principe de l’attraction/répulsion induite par Hellraiser, est synonyme de honte et de moquerie. Il n’y a qu’à voir la façon dont sont décrites les minettes de la prostitution, ou l’employé de la mairie qui permet au passage de se jouer du cliché de l’homosexuel adepte des menottes et du fouet qui coche les cases du transformiste déviant et forcément innocent de meurtre puisqu’il est déjà coupable d’être un inverti qui se maquille et court en hauts talons pour échapper à ces virils et préhistoriques assaillants. De sexuel, il ne restera que des atteintes au bon goût, loin de la subtilité de Basic Instinct qui ouvrira véritablement la voie au genre sulfureux dans les années suivantes. Si le slasher voulait dans ses règles indiquer que le sexe est synonyme de danger, il apparaissait intéressant de noyer cet adage dans un milieu qui trempe complètement dans la débauche.

« Tout le monde dit que tu es le tueur. Alors je te propose qu’on sorte ensemble. Qu’en dis-tu ? »

Le film de Mansour Pourmand est en fait le plus bel exemple de tentative ratée de girl power. Comme quoi, placer le sort des femmes entre les mains d’un homme, qui plus est très mauvais réalisateur, n’aidait vraiment pas leur cause. Il signe d’ailleurs le scénario du film, titre qu’il partage avec Barbara Bishop, une femme qui n’a pas l’air d’être très soucieuse des femmes. Que le film dépeigne les prostituées comme des écervelées fragiles, idiotes et dépendantes passe encore (les années 90 n’étaient certainement pas prêtes prendre le risque de leur apporter la moindre estime), mais en donnant le titre de maire à une femme, et une promotion au titre de détective à une autre pour mener l’enquête du film, Zipperface pouvait sortir du lot en donnant un pouvoir rare à la gente féminine, dans un monde incontestablement dominé par les hommes. Résultat : la première ne sera qu’une pastiche blonde arriviste et insupportable aveuglée par son titre, et l’autre une potiche en chignon aux agissements dépourvus de sens qui tombe dans tous les pièges possibles (ceux, moqueurs, de ses collègues ; les filets de la séduction du photographe suspect numéro 1 de son enquête ; et les trappes d’un tueur balourd qui réussit l’exploit de l’attacher et la fouetter sans que celle-ci s’arrête de minauder, persuadée de maîtriser la situation). Un girl power qui ne donne aux femmes que des illustrations plus pathétiques les unes que les autres, à se taper le front à chaque nouvelle action. Un incroyable gâchis qui, heureusement, est tellement mal joué et mal doublé que ça en devient drôle. On sait malheureusement que les barres de rires sont totalement involontaires sur ce que le produit cherchait à être au départ. On peut donc passer un excellent moment à se fendre la poire devant Zipperface, on saura au fond de nous que ça n’empêchera pas le film d’être un des plus mauvais jamais réalisé. Et des bides comme ça, croyez-le ou non, on en redemande !

« T’inquiète, poupée, avec un gars comme moi, les rapports sont toujours protégés »
Le masque de la peur (Zipperface), un film de Mansour Pourmand, usa, 1991
Les + : une franche poilade devant le délire ubuesque qui défile sous nos yeux MÉDUSÉs (ou endormis, c’est selon).
Les – : BEN… C’EST QUAND MÊME TRÈS NUL, ON NE VA PAS SE MENTIR !
MEILLEURES SCÈNES DU FILM : LES APPARITIONS PATHÉTIQUES DU TUEUR QUI NE L’EST PAS MOINS. ET LES SCÈNES LUNAIRES AVEC MADAME LA MAIRE INQUIÈTE POUR SES ÉLECTIONS.
PIRES SCÈNES DU FILM : L’ENQUÊTE, TRÈS POISSEUSE. LES SÉQUENCES AVEC LES PROSTITUÉES, CHEAP À MOURIR. ET LES TENTATIVES D’HUMOUR QUI SONT OU PROFONDÉMENT RISIBLES OU CARRÉMENT GÊNANTES.
Verdict : *****
Puisqu’il faut le voir pour le croire, je vous en prie, regardez bien !

Au Suivant Poste

Poster un Commentaire

dix-neuf − cinq =

© 2026 ZESHAPEHALLOWEEN

Thème par Anders Norén