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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

HALLOWEEN 6 : MICHAEL MYERS CONTRE LES COUPES BUDGÉTAIRES

En septembre 2014, la sortie d’Halloween 6 : Producer’s Cut en blu-ray à attisé les convoitises et les attentes en matière de bonus. Invité à enregistrer un commentaire audio pour cette édition chez Scream Factory, le scénariste Daniel Farrands s’est prêté au jeu des questions sur les réseaux sociaux, avec notamment des révélations quant à l’implication de Danielle Harris dans le film, et les éléments envisagés pour le rôle de Jamie Lloyd dans le script d’origine.

La légende dit que Danielle Harris avait été trop gourmande quant à son cachet pour le film, et qu’une bataille sans fin avec les producteurs avaient eu raison de son postulat. Son rôle ayant été considérablement écourté dans le scénario final, Danielle Harris aurait même volontairement décidé de ne pas participer au film, qu’elle n’estimait pas valable à la vue du sort réservé à son personnage. Cette année 2014, sur les réseaux sociaux, Daniel Farrands rétablit la vérité en révélant non seulement les intentions de Danielle Harris, mais en réajustant ce qui devait réellement advenir de Jamie Lloyd dans son scénario original : « Pour remettre les choses dans leur contexte : Danielle Harris a fait partie du casting d’Halloween 6 et en était ravie. Si elle a décidé (à juste titre) de finalement s’en écarter, c’est parce que le studio a refusé de la payer en conséquence ». L’actrice n’était plus une enfant. Nous étions en 1994 et Danielle Harris avait entretemps joué dans de nombreuses autres productions, dont des films à budgets importants qui avaient fatalement élevé le niveau de ce qu’elle était amenée à « coûter » à un studio pour un nouveau film.

Les litiges au sujet de l’importance de son rôle dans Halloween 6 ont bel et bien eu lieu. Daniel Farrands reprend : « Ses problèmes liés au script reposaient sur le fait que les producteurs avaient décidé de tuer son personnage à la fin du premier acte. À l’origine, elle devait réapparaître en fin de métrage lors d’une séquence où elle affrontait courageusement le croquemitaine, permettant aux autres personnages du film de s’enfuir avec son bébé. Lorsque cette scène a été évincée par les producteurs, Danielle et moi même avions été fort déçus. Elle a dès lors décidé d’abandonner le projet. C’est l’histoire vraie. Et je ne peux dès lors qu’acquiescer au fait que c‘est une honte qu’elle n’ait pas fait partie du film ».

Le personnage de Jamie Lloyd, littéralement massacré au montage…

Hormis les éléments au sujet de l’éviction de Danielle Harris dans le rôle de Jamie Lloyd, le scénariste Daniel Farrands revient aussi dans ses révélations sur les responsabilités qui ont été un peu vite lancées sur le réalisateur Joe Chappelle quant au désastre artistique que fut Halloween 6 : Il n’appartenait pas au réalisateur de couper dans le script, c’était aux producteurs que revenait cette décision. Quand des scènes étaient coupées avant même leur tournage, parfois le jour-même, c’était toujours pour des questions de reconsidérations de budget. Je me souviens que la coupe d’une scène avait particulièrement heurté Marianne Hagan (Kara Strode dans le film) et elle avait fondu en larmes. La scène en question se passe au début du film, au premier plan sur Kara, le soir d’orage. À l’origine, une vue subjective retraçait le même parcours que le petit Myers au début du film de John Carpenter. Une main d’enfant s’emparait d’un couteau de cuisine, la vue subjective s’approchait dangereusement de Kara en train de se coiffer les cheveux dans sa chambre à coucher, comme Judith Myers des années plus tôt. Et soudain, le couteau s’abattait sur elle. Il s’agissait d’un cauchemar du petit Danny, qui dans ses rêves ne faisait pas que voir l’ombre menaçante de l’homme en noir. Non plus pour une question de budget, cette séquence a été coupée pour une question de timing. Le réalisateur prenait trop de temps à tourner certains passages, et le studio voulait écourter les heures supplémentaires onéreuses qu’impliquaient les tournages interminables.

Le scénariste d’H6, depuis toujours en toute transparence au sujet du film…

Le réalisateur Joe Chappelle était un nouveau venu, et Dan Farrands reste compréhensif à l’idée que celui-ci prenait son temps à essayer d’avoir à l’image ce qu’il cherchait à créer comme effet. Mais la production serrait la vis à tout bout de champ, créant vite une ambiance électrique sur le plateau : « Ils étaient plus intéressés par ce qu’ils avaient envie de faire du film que par ce que nous nous étions engagés à faire. Paul Rudd (Tommy Doyle dans le film) vous dirait la même chose. Il était très impliqué et a été ravi de faire partie du projet. Il n’a pas détesté jouer dans Halloween 6, mais tout comme moi, il a juste détesté voir ce qu’ils ont fait du film. Nous étions tous très jeunes au moment du tournage de ce film, précise Daniel Farrands. J’avais 24 ans quand j’ai été chargé de confier un scénario, et Joe Chappelle devait tout juste avoir la trentaine. De tous les reproches qu’on peut faire aujourd’hui au réalisateur, on ne peut en effet omettre de rappeler les pressions qu’il a du avoir sur le tournage, avec des bouleversements importants dans la continuité de son tournage. Les producteurs revoyaient leurs copies sans arrêt, et les conséquences pesaient lourd sur l’équipe. Pour moi, Halloween 6 ou la version Producer’s Cut ne sont que des moitiés de film, bien loin de ce que j’avais convenu au départ. Rien ne saura rendre justice au projet tel qu’il avait été envisagé à l’origine ».


Dan Farrands a participé aux bonus créés pour le coffret ultime de 15 Blu-rays sorti le 23 septembre 2014 aux USA, agrémenté de la version Producer’s Cut d’Halloween 6. Le scénariste nous informe que l’éditeur Scream Factory avait contacté Joe Chappelle pour apporter sa version aux événements qui ont lourdement portés préjudice au film, mais celui-ci a poliment décliné cette invitation : « Il est un réalisateur de séries télévisées très occupé depuis de longues années, et je peux comprendre qu’il ne veuille pas retourner en arrière en revenant sur cette expérience qui a du être très difficile pour lui. Pour avoir réalisé moi-même des documentaires et des rétrospectives, je sais très bien qu’on ne peut obliger quelqu’un à parler d’un sujet si celui-ci n’est pas prêt à le faire. Il a certainement ses raisons, et ça me blesse qu’il ait pu être l’unique cible de tout ce qu’Halloween 6 a pu engendré comme déceptions auprès des fans et de la critique. Comme je l’ai dit, il y aurait bien d’autres personnes à pointer du doigt. Il y a eu de mauvaises personnes engagées dans ce tournage qui ont saboté l’équilibre et le scénario pour d’obscures raisons d’argent. C’est toute la magie d’Hollywood ! ».

« J’envie John Carpenter et Debra Hill pour l’autonomie qu’ils ont eu lors du tournage du premier Halloween. Si nous avions eu cette liberté artistique, nul doute que nous aurions fait un bien meilleur film. À mon sens, c’est là toute l’ironie. Le film original était… original. En tous points. Il est impossible de retrouver cette magie sur des suites. Et beaucoup d’autres avant et après nous, des grands noms parfois armés de gros budgets, ont également essayé. Je comprends que John Carpenter soit resté écarté de cette saga. Lui-même aurait été fustigé et éternellement comparé à l’original, même si celui-ci avait déjà été réalisé par lui ! Debra Hill m’a un jour dit qu’elle aime toutes les suites de Halloween, car elles ont permis à de nouveaux talents d’avoir leur chance et d’être reconnus. Pour cela et pour toutes les choses qui s’en sont suivies, je leur serai éternellement reconnaissants ».

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