Halloween 20 ans après vs Halloween Resurrection : You can’t kill the boogeyman

Les débats enflammés et coups de gueule en tous genres sont légion sur les réunions de communautés de fans sur internet. Après tout, c’est là l’essence même des forums, et l’intérêt qu’on leur porte. Sujet du moment : Halloween 20 ans après, accusé de par son final d’avoir indéniablement contribué à faire de la série le désastre qu’elle est depuis Halloween Resurrection. En somme, si la saga avait continué sur la lancée du triptyque mené par les opus 4, 5 et 6, les choses ne seraient jamais tombées aussi bas. Forcément, le débat allait être houleux. Si les fans se partagent très vite dans leur position entre les pro-Thorn (Halloween 4, 5 et 6) et les aficionados du mythe original (Halloween 1, 2 et H20), les esprits sensés précisent déjà avant toute chose qu’Halloween 20 ans après (comme n’importe quel autre film, d’ailleurs) ne peut être jugé responsable du film qui l’a suivi. Si H20 traîne un boulet assez monumental, Halloween Resurrection en occurrence, il est important de resituer les éléments dans leur contexte de l’époque.

Jamie Lee Curtis, à l’origine du projet H20 lorsqu’elle voyait se pointer le vingtième anniversaire du film original ayant lancé sa carrière, tenait à avoir sa revanche sur Michael Myers. Une fois les démarches lancées et le scénario validé, la fin du film restait toutefois assez vague, et l’actrice a depuis indiqué qu’elle avait grandement regretté de ne pas avoir participé à la production du film. Ainsi, elle n’aurait échappé à aucune des étapes de l’élaboration du projet. Car lorsqu’elle découvrit, trop tard, qu’elle n’aurait jamais totalement le dessus sur le croquemitaine, elle voyait s’échapper la raison qui l’avait au départ poussé à revenir dans le rôle de Laurie Strode. À cela, il est donc primordial de le rappeler : Halloween 20 ans après n’a jamais été envisagé comme la fin de la saga. Bien entendu, avec le recul, les fans sont unanimes : tous auraient préféré voir la série se clôturer avec ce film plutôt qu’avec l’infâme Resurrection. Et pourtant, même si la suite des événements n’avaient pas encore été complètement envisagée, il était déjà certain en 1998 que Myers ne mourrait pas sous le coup de hache de sa sœur. La raison invoquée est aussi simple qu’énervante (et dieu sait si elle a énervé Jamie Lee Curtis elle-même), le producteur exécutif Moustapha Akkad a toujours invoqué un principe énoncé lors d’une réplique culte dans le film original de John Carpenter : You can’t kill the boogeyman (vous ne pouvez pas tuer le croquemitaine). Quoi qu’il arrive, et quoi qu’il en coûte, Michael Myers ne mourra jamais.

Noyés de scepticisme ? Les fans remettent en question depuis près de 20 ans la légitimité du final d’Halloween H20, et par là, l’introduction d’Halloween Resurrection. Pour beaucoup d’entre eux, Resurrection n’est que le fruit amer du succès d’H20, une farce commerciale qui ne respecte ni le public, ni le personnage de Laurie Strode, ni même celui de Michael Myers, qui aurait eu droit à un traitement fatal bien meilleur dans ce film-là qu’en tombant dans l’oubli après une séquelle bâtarde et indigeste comme Resurrection en 2002. Et pourtant, il y a des preuves irréfutables qui écartent le doute sur la légitimité de cette pirouette si dure à avaler par les fans. Même si l’argument n’était pas encore totalement élaboré dans les moindres détails, des séquences de l’introduction d’Halloween Resurrection ont bel et bien été filmées à l’époque d’Halloween 20 ans après, pour amener doucement mais sûrement l’information capitale que Michael Myers est toujours en vie et que tôt ou tard, il reviendra.

Ces captures de film faites par un fan ne laissent aucun doute : la scène d’intro d’Halloween Resurrection en 2002 (à droite) présente des images tournées à l’époque d’Halloween 20 ans après en 1998 (à gauche). Outre les objets, les éléments de décors naturels en sont la preuve irréfutable.

Filmé à Vancouver, au Canada, Halloween Resurrection n’a absolument pas pu reproduire à l’identique le décor d’Halloween 20 ans après, tourné quatre ans plus tôt au sud de la Californie. C’est donc en 1998 déjà que se scellait le sort de Michael Myers, préalablement libéré du sort funeste que les scénaristes étaient prêts à faire croire à l’assistance. Kevin Williamson l’indiquait lors d’une interview accordée dès 1999 : « Il y avait un énorme argument concernant Moustapha Akkad. Il possède le personnage de Michael Myers et c’est la chair de sa chair. C’est celui qui lui rapporte de l’argent, aussi ne laissera-t-il personne le tuer. Jamie Lee Curtis disait : ‘Je ne fais pas ce film si je ne peux pas le tuer’. Le dilemme était donc de taille. Nous avions le devoir de le tuer, pour satisfaire l’audience de ce genre de films. Les producteurs ont acquiescé : ‘Bon, tuez-le. Poignardez-le. Laissez-le pour mort sur le sol’, parce qu’ils voulaient le ramener à la vie dans un prochain épisode. Mais Jamie Lee Curtis revint à la charge en disant qu’elle ne ferait pas le film à moins de le décapiter ! Jamie et moi sommes donc retournés voir Moustapha pour lui présenter la chose, mais avec un élément qui nous permettrait de le ressusciter et le ramener pour Halloween 8. Je lui ai indiqué comment il pouvait survivre à ça. Moustapha a aimé l’idée, et ils ont donc par avance filmé des éléments permettant de servir à ce twist, pour l’ouverture de l’opus 8. Et Jamie Lee Curtis accepta d’apparaître à la première minute de ce prochain film ».

Si Halloween 20 ans après n’est donc pas immédiatement responsable de la qualité somme toute moyenne d’Halloween Resurrection, il faut toutefois mettre en évidence le fait que le film de Steve Miner allait dans tous les cas mener à une suite. Cela a été considéré avant même que le film ne sorte en salles. La vraie question est de savoir pourquoi il aura fallu quatre longues années à la séquelle de Rick Rosenthal pour se mettre en place ? À noter également que si la saga s’était bel et bien arrêtée avec la mort par décapitation de Michael Myers dans H20, la lancée d’un remake aurait été ensuite de très mauvais goût. Considérant la franchise originale comme morte, les producteurs auraient ainsi laissé planer l’idée d’un opportuniste recommencement, histoire de ne jamais perdre le fil pécuniaire.

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