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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

LE SLASHER DU MOIS : HATCHETMAN (2003)

Hatchetman est le film de tous les contrastes. Comme ceux, lorsque vous paramétrez l’image de votre télé, rendant les couleurs criardes et excessives. Par extension, cette vulgarité hyper colorisée démarrera d’emblée avec plusieurs paires de seins déboulant à l’image sans crier gare. Les écarts dans le large registre de la crédibilité seront légion : les strip-teaseuses sont des étudiantes en droit dans des appartements à la déco épouvantable, les filles déblatèrent sur l’importance capitale de l’amour dans leur vie ou celle d’un jean rose dans leur garde-robe, sans réaliser que si un tueur s’en prend à elles, il serait judicieux de ne pas continuer à sortir en soirées ou se déhancher sur scène devant un par-terre de reluqueurs obscènes. C’est la magie d’Hatchetman. Le film a l’air bien, mais en fait non. Il pourrait être bien, rythmé, effrayant, bien joué, bien réalisé, mais en fait non. On est en fait pas loin de ce que tout crétin armé d’une caméra, de quelques voitures de police et un flacon de faux sang pourrait mettre en scène dans un quartier putride de Los Angeles.

Un masque affreux pour un film qui ne le sera pas moins.

Si le scénario se limite sur le plan émotionnel (l’enquête est chiante comme la mort, les filles ne savent pas pleurer, les meurtres sont d’une platitude aberrante, Los Angeles n’a jamais été aussi triste et terne qu’ici), il remplace chaque lacune de son script par d’interminables plans sur des poitrines généreuses, principalement celle de Mia Zottoli, lors de live shows ou de douces caresses savonneuses sous la douche. Impossible de ne pas supposer que le réalisateur et scénariste Robert Tiffi n’a en fait jamais tenu à inclure une véritable forme d’angoisse au métrage, mais juste à exhiber un maximum de scènes de seins en 90 minutes. La réalisation ne prend à juste titre pas de grands risques, allant jusqu’à mettre l’accent sur des séquences lunaires d’ouvertures de courriers pour savoir si l’héroïne a enfin réussi à entrer en fac, est-ce que le flic à deux sous va demander en mariage sa petite amie qu’il plante sans arrêt au profit de sa pathétique enquête, ou quel dosage de lessive il faut mettre dans une machine de soutiens-gorges 100% polyester. Le minimum syndical, quoi.

« Vas-y, fais semblant d’être triste. Pense à notre carrière ».

On ajoute à ça tous les ingrédients attendus dans ce type de productions télévisuelles au rabais : des actrices triées pour leurs atouts physiques incarnant des jeunes filles décérébrées faisant tout l’inverse de ce que le bon sens voudrait, des prétendus mâles alpha combinant tous les clichés les plus atroces (le flic amoureux, le lubrique renifleur de petites culottes, le benêt au grand coeur, le ressortissant de prison et frustré de service qui sert à rien…), et des mises à mort hors-champ ne jouant que sur les apparitions improbables du tueur au masque à chaque coin de rue. Et pour cause, le film traite inlassablement d’une bande d’étudiantes aux prises avec un barbare qui les décime à coups de hachette (trouvant ainsi le subtil surnom de « hatchetman »).

Sois belle et tais-toi.

L’intérêt plus que discutable de cette supercherie abracadabrantesque laisse peu de place à des éléments valorisants, il faut s’armer de courage ou mettre ses attentes de coté pour voir le film comme un accident industriel prêtant à rire. On appréciera dès lors des répliques sorties de nulle part et ayant une certaine forme d’ironie latente comme le « Garde la tête sur les épaules » lancé à une future victime décapitée, ou le « Tu débloques complètement » envoyé par le flic à sa copine décidant de se trouver un autre but dans la vie que l’effeuillage public. Le tout bien-sûr accompagné de pépites indissociables à l’intrigue, comme « J’adore faire l’amour le matin » ou le gars qui s’engueule lui-même avec un édifiant « Pauvre débile, bravo ! » . Mais le jeu ridicule des actrices finit par provoquer la moquerie, ponctué de moments de grâce comme le tueur sortant d’une poubelle en pleine scène de course poursuite ou maniant la hachette comme un guerrier ninja, ou une séquence où la bimbo aux gros lolos sort une arme et tournoie sur elle-même façon Barbewire mais sans le talent ni le second degré. C’est toujours ça de gagné, bien que rien dans ce film n’ait été réellement tourné dans l’intention assumée d’être drôle, même lorsque l’héroïne finit par affronter le tueur avec une fourche. Et c’est ça le pire.

Un meurtre hors-champ ? Comme c’est original !

C’est là que le bât blesse : les années 2000 ont remplacé les films old school cherchant encore à surprendre par des effets spéciaux souvent bricolés au fond du garage (Zipperface, Funnyman, Granny…) par des fonds de tiroir surfant sur le genre en n’apportant aucune idée nouvelle ni véritable contribution au genre. Hatchetman n’a bien entendu ni le budget ni la prétention d’être Scream, mais n’aura pas non plus la volonté d’être marrant et décalé comme ont pu l’être les fauchés mais sympathiques Shredder ou Bloody murder, ou à contre-courant comme Tripper ou, à leur manière, les films de David Decoteau. Il n’aurait pourtant pas fallu grand-chose de plus pour ça : un peu de comédie, de second (ou troisième) degré, un soupçon de sarcasme ou au moins une certaine recherche dans la façon de mettre en scène les meurtres ou les actions du tueur. Mais ici rien n’y fait, et on en vient à se demander si un tel résultat ne demande pas encore plus d’efforts dans la mauvaise volonté que ce qu’un réalisateur aura tout naturellement tourné comme film de genre.

« Attention, l’individu est moche et dangereusement armé ! »

Il n’y a donc pas grand-chose à garder en mémoire de ce Hatchetman, flanqué sur les étagères des rayons « DVD à petit prix » des grandes surfaces, n’essayant même pas d’avoir une jaquette opportuniste pour le confondre avec les slashers de meilleur acabit auquel il essaye à peine de ressembler (on notera tout de même quelques secondes d’intro façon Les griffes de la nuit et un copié/collé d’Urban Legend lorsque le tueur surgit de la banquette arrière avec son arme tranchante). Le reste appartient à la légende des éternels tueurs moisis cherchant dans leur enfance malheureuse un mobile débile et éculé au possible pour éradiquer des filles de petite vertu en leur coupant les mains, prétextant que « Maman faisait de vilaines choses avec les siennes ». Pas cependant de quoi couper trois pattes à un canard, sans abuser de l’expression. Mais le réalisateur ne manquant pas d’audace, il ira quand même jusqu’à laisser une porte grande ouverte sur une hypothétique suite, avec un tueur dans la nature, qui choisira peut-être de se manifester à nouveau… dans Give me a hug : Hatchetman II, réalisé vingt ans plus tard par le même Robert Tiffe, alliant cette fois une affaire de meurtres à une douloureuse relation familiale entre un beau-père addict à l’héroïne et son beau-fils. Alors pour ceux que ça intéresse…

C’est un peu notre tête devant le film…
HATCHETMAN,
UN FILM DE ROBERT TIFFE, USA, 2003
● les + : les qualités du film sont sans doute cachés derrière les proéminances mammaires des actrices…
● les – : un fourre-tout des clichés les plus aberrants du genre, le tout sans rire, sans rythme et sans intérêt

● les meilleures séquences dU film : celles involontairement drôles, dont un combat à la fourche en pleine villa de Los Angeles

● les pires scènes dU FILM : toutes celles des flics, des live shows, de l’appartement des filles, des attaques pantouflardes, du final abject… Pas loin de tout le métrage en fait, mais juste pas loin.
Verdict : *****
Dans le même genre fauché et pour lequel on cherche encore l’intérêt :
Voulez-vous connaître un secret ? – Souviens-toi l’été dernier 3
J’emporterai ton âme – Kolobos – Paranoïd – Je t’ai trop attendue

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