ZESHAPEHALLOWEEN

L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

CYCLE CARPENTER : ANALYSE DU FILM THE THING

The Thing, est, sans doute au même titre qu’Halloween, un film phare de John Carpenter. Le réalisateur de légende ne cache d’ailleurs pas qu’il s’agit, dans sa propre filmographie, de son film préféré. Nourrissant une passion pour la science-fiction déviante et le film original de Howard Hawks : The Thing from another world, chef d’oeuvre de 1951. Carpenter l’avait même mis à l’honneur dans Halloween en 1978 en le diffusant comme programme de la soirée du 31 octobre dans les foyers d’Haddonfield. En signant ce remake, John Carpenter choisit de souligner par certains côtés des aspirations personnelles fortes, à contre-courant des grandes productions hollywoodiennes, comme le sous-entendu politique, la maîtrise de la peur, les effets spéciaux old school et le culte de la paranoïa. The Thing a beau ne dater que de 1982, il est en fait déjà un condensé de tout ce que Carpenter porte de plus cher dans son coeur, au point de sortir ce film en compétition directe avec E.T. de Steven Spielberg, qui étale une confrontation extra-terrestre à l’exact opposé : familiale, bien pensante et bourrée de bons sentiments. Si, évidemment, cette compétition n’a pas été profitable au film de Carpenter, le métrage a heureusement gagné en notoriété avec le temps (comme souvent chez le maître de l’horreur), au point d’atteindre aujourd’hui un statut de véritable culte.

Un film qui fait froid dans le dos de toutes les manières possibles !

LA PEUR COMME LA PIRE DES CONTAMINATIONS
Le premier axe développé dans The Thing est la peur. Mais elle n’est pas que graphique, malgré la qualité des effets spéciaux de Rob Bottin (Vendredi 13, chapitre 8) et du légendaire Stan Winston, et la photographie toujours impeccable de Dean Cundey (Halloween, Jurassic Park), elle est aussi intérieure et non moins viscérale. Le film, rappelons-le, explore la paranoïa qui s’installe dans une station polaire américaine composée de douze hommes, après la découverte d’une « chose » extra-terrestre envahissant les corps en en recopiant les traits. Après la montée de l’angoisse par les étapes élémentaires et indubitables du genre (un huis-clos dans un univers pourtant extrêmement vaste, un lieu coupé du monde, une nuit interminable, un ennemi tantôt immense tantôt invisible), il atteint son apogée lorsque les personnages en viennent à douter les uns des autres, installant un climat oppressant dans un cadre déjà très confiné. Impossible de ne pas partager et subir la peur de ces hommes, présentés comme forts, imbus, et pourtant si petits face à la menace qui se mesure à eux. De la surveillance à la suspicion, il n’y a qu’un pas, franchi allègrement pour finir par la plus pure des méfiances, poussant les êtres les plus cartésiens à céder à la panique et éradiquer ses semblables pour ne plus être dévorés par le doute. Cette peur, innée en chacun de nous, n’est pas que celle de la mort, mais plus généralement celle de l’inconnu qui s’attaque à nous par des formes variées, de la plus sommaire et effrayante à la plus élémentaire et rassurante : nous-mêmes, par notre propre apparence.

Un monstre emblématique

LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE
Cette chose, explicitement extra-terrestre, est la menace ultime, enfermée depuis des centaines de milliers d’années dans la glace, et libérée lors de fouilles par une équipe suédoise installée en Antarctique. Son invasion de la Terre s’opère par les êtres vivants qui la peuplent. Si la créature est d’abord invisible, on ressent le malaise de sa présence par les appuis caméra du génie réalisateur sur le chien porteur de la chose. Et lorsque le monstre se dévoile, c’est par des attaques visuelles importantes, jaillissant à la tête du spectateur pour mieux l’entraîner dans l’horreur. Pour cela, les effets spéciaux incroyables de Rob Bottin, tout jeune sur le tournage de Carpenter, sont bluffants de réalisme et de modernité. La magie des effets graphiques « à l’ancienne » étant toujours plus efficaces que les images de synthèse (il n’y a qu’à voir l’opus tampon de 2011 pour s’en rendre compte). Ici, nous sommes dans le body horror, avec des transformations et mutations de corps rendant les êtres abominables. Tout est alors très graphique : les mains et doigts s’allongent, un torse se transforme en mâchoire, une tête se détache et se pourvoit de membres arachides pour se déplacer grossièrement. Ces moments visuels tranchent avec le calme précédant la tempête, doublés des instants de fausse quiétude où l’appréhension de l’horreur surplombe les explosions graphiques. C’est la magie de la réalisation de Carpenter, qui marque de son emprunte cette force narrative qui lui est propre.

La chose dans toute sa splendeur

LE GÉNIE NARRATIF AU SERVICE DE L’ANGOISSE

Le style Carpenter, reconnaissable entre mille et déjà dans ses premières œuvres, continue de percer dans ses films les plus emblématiques. Si on associe Halloween à la vue subjective et aux teintes pâles et bleutées qui en font tout le charme, The Thing joue également avec plusieurs procédés cinématographiques d’exception. La première, au-delà des effets visuels cités plus haut, est la maîtrise du hors champ. Carpenter en a fait sa spécialité : induire des éléments absents à l’image mais bel et bien présents dans l’inconscient, malmenant le spectateur qui vit dans l’attente de voir l’horreur surgir. La suggestion comme outil indissociable de la peur. Les plans larges, aussi, donnant le sentiment de perdre le regard à la recherche d’indices, accentuant la petitesse et la vulnérabilité des personnages dans un univers vaste qui les oppresse. Sans oublier le jeu des éclairages, que Carpenter affectionne particulièrement, aidé par le talent hors pair de Dean Cundey. Les ombres et les lumières, les contrastes entre les couleurs froides des lieux enneigés à la force et à la chaleur des flammes, tout devient un spectacle visuel que la puissance du montage de Carpenter sublime dans le maintien du suspense. Certains dénonceront des lenteurs là où il n’y aura que l’étirement incommensurable des actions, pour alourdir l’ambiance électrique entre les protagonistes, faisant même du spectateur un être tout aussi touché et blessé par la paranoïa ambiante. Enfin, les recours sonores et la musique signée Ennio Morricone, dans la plus pure tradition de Carpenter, sobre et minimaliste, calquée sur les pulsations, rappelle les meilleures heures d’Halloween II et III par le synthétiseur fou et ses accents robotiques (et même du thème de Thorn d’Halloween 6 signé Alan Howarth, dont la rythmique est similaire au thème principal de The Thing). La musique de Morricone, tranchant avec ses partitions habituelles, a été décriée à sa sortie, pour devenir également culte aujourd’hui.

Quand la paranoïa s’installe…

UN CONTEXTE POLITIQUE SOUS-JACENT ET UN ANTI-HÉROS LÉGENDAIRE

Il y a différentes lectures possibles de The Thing, et un regard objectif a permis à beaucoup y voir un contexte politique assez troublant sur fond de guerre froide. Tourné en 1981 et sorti l’année suivante, en plein conflit entre les russes et les américains, The Thing est une véritable métaphore de l’invasion invisible mais inéluctable de l’ennemi. Des thèmes aussi variés que la suspicion, l’espionnage, et la peur de l’infiltration et du communisme sont alors aussi troublants que flagrants, même s’ils restent une interprétation possible du film sans en traduire explicitement les volontés de Carpenter. À cela, le final reste un épilogue fort par le doute, voire l’acceptation d’une situation inexorablement pessimiste. Le héros atypique (une autre marque de fabrique de Carpenter), MacReady, interprété avec brio par Kurt Russell, est le spectateur actif de l’émancipation de cette menace que rien ne semble pouvoir contenir. Ampli de doutes, d’erreurs de jugement et dans l’impossibilité de sauver tous ses camarades, il finit par sombrer dans la solitude, la peur, et surtout l’incapacité à peut-être s’en sortir lui-même. Un portrait rare et intimiste qui contribue à rendre Mac encore plus humain et à qui le spectateur peut s’identifier. Son humanité devenant le pilier central du combat entre l’homme et la chose. Et c’est lorsque la confiance a disparu que la peur s’installe définitivement. 

Horreur à l’état pur

VERS DE NOUVELLES AVENTURES ?

Au final, The Thing a tout d’un film d’horreur intelligent et diablement contemporain, malgré les années, mais il reste aussi et pourtant une œuvre singulière et fun à revoir, pour le contraste entre le rythme oppressant et la générosité visuelle. Riche en anecdotes, le film traverse les âges et reste un fleuron d’un genre comme on en connaît presque plus aujourd’hui. Il est à noter que le métrage a été tourné au Canada et en Alaska, dans des conditions difficiles (la météo lorgnait aux alentours de -15 à -30°C, mais Carpenter a tenu à l’authenticité du cadre plutôt que de tourner en studios). Le fait le plus amusant réside dans le nom des personnages de Mac (Kurt Russell) et de Windows (Thomas G. Waites), évoluant avant l’apparition de la concurrence entre Apple et Microsoft. The Thing a autant de points communs que de distinctions évidentes avec Alien, sorti trois ans plus tôt. Le premier choix de compositeur fut d’ailleurs Jerry Goldsmith, qui déclina. Carpenter se tourna alors vers Morricone, avec des indications explicites donnant vraiment le sentiment qu’il s’agit de l’œuvre de Carpenter. Et ceux qui ont dénoncé l’absence de femmes dans le film pourront se satisfaire de l’info que la voix de l’ordinateur qu’affronte Mac lors de sa partie d’échecs est celle d’Adrienne Barbeau (The Fog), épouse de Carpenter au moment du tournage du film. Lors d’un regard sur sa propre carrière, John Carpenter a très vite indiqué que The Thing est à ses yeux le premier opus de sa « trilogie de l’apocalypse », qui sera complétée par Prince des ténèbres en 1987 et L’antre de la folie en 1994. Si le réalisateur n’a évidemment pas aimé le préquel sorti en 2011, il laisse depuis quelques temps planer l’idée qu’il planche sur une suite à The Thing, toujours avec Kurt Russell au casting. Reste à voir si ce projet reste à l’état de fantasme pour tous les inconditionnels du réalisateur, ou si la tentation de replonger dans le monde des ténèbres est, à l’image de la chose, plus forte que tout.

En attendant de nouvelles aventures ?

Au Suivant Poste

Poster un Commentaire

quatre × 3 =

© 2026 ZESHAPEHALLOWEEN

Thème par Anders Norén