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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

ANALYSE : LA PROTECTION ANIMALE AU CINÉMA ET DANS LA SAGA HALLOWEEN

ATTENTION, cet article expose des propos
pouvant heurter la sensibilité

Conséquemment à l’article portant sur les victimes canines de Michael Myers dans la saga Halloween, il était intéressant de se pencher sur la notion de protection animale au cinéma. Le film de John Carpenter, réalisé en 1978, n’affichait en effet pas, malgré deux morts de chiens à l’image, la mention habituelle qu’« aucun animal n’a été blessé durant le tournage » . Retour sur une appellation qui a mis beaucoup de temps à se mettre en place, au détriment, et souvent à l’agonie, de nos amis les animaux.

Loomis lui-même indique qu’il faut être un monstre pour s’en prendre à un animal…

Aussi étonnant que cela puisse paraître, même après plus d’un siècle depuis sa création, le cinéma est encore très fébrile sur la protection animale. Il n’existe en effet par exemple en France aucune loi spécifique liée à la protection des animaux au cinéma. Seule une réglementation spécifique est applicable, malgré de nombreux et lourds manquements. Certes, il est interdit tout mauvais traitement et acte de cruauté envers les animaux, et par exemple, exercer des sévices graves ou commettre un acte de cruauté est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende (article 521-1 du Code pénal). Dans le cinéma américain, et depuis les origines du cinéma hollywoodien, les animaux ont toujours un rôle prépondérant, d’une participation explicite dans les longs-métrages ou en support à la création d’œuvres d’animations et dessins-animés, voire en figurants sur des scènes de grande envergure.

Les westerns et péplums, grands tortionnaires d’animaux…

Le premier chien à apparaître en héros d’un film au cinéma se déroule en 1905, dans Rescued by Rover (le célèbre Rintintin ne fera ses débuts qu’en 1924). A l’état encore expérimental, le cinéma fait dès lors l’objet récurrent de participations d’animaux non dressés, au même titre que des figurants ou cascadeurs non professionnels, pour répondre au plus vite aux impératifs que demande cet art en pleine croissance. En 1925, l’association American Humane (AHA) commence à recevoir des allégations de cruauté envers les animaux sur des tournages, ce qui l’incite à créer un comité chargé d’enquêter sur ces affaires afin de défendre la cause animale. Jusque-là, des faits isolés mais pas rares viennent troubler la morale, de l’électrocution d’un éléphant en 1903, la mort d’un cheval dans l’arène de Ben-Hur en 1925.  Le code Hays est introduit en 1930 et vise à assainir Hollywood, voire le censurer, en exigeant un traitement humain des animaux dans les films. Cette directive n’étant pas respectée dans beaucoup de productions, un programme de supervision est créé en 1937 en Californie, mais ne parvient pas à être instauré concrètement, faute de moyens.

La chute de l’horreur, événement qui marquera l’Histoire du cinéma.

Les premiers animaux à souffrir des manquements aux règles de protection animale sont les chevaux, omniprésents dans l’industrie cinématographique, via l’essor des westerns, péplums et autres films à grands spectacles des années 30 à 80. Les premiers réalisateurs n’hésitaient pas à les mettre dans des situations de plus en plus périlleuses pour intensifier l’action ou l’effet dramatique d’une scène. Cette pratique devint si odieuse que des célébrités telles que Errol Flynn (Capitaine Blood en 1935 ou Les aventures de Robin des bois en 1938) ont réagi. L’acteur s’en est en effet prit publiquement aux cinéastes qui mettaient en danger des cheveux et les cavaliers. Ce n’est que lors d’un incident en 1939, sur le tournage de Jesse James (Le brigand bien-aimé en français), qu’une scène franchit l’extrême. Dans cette séquence, Jesse James, incarné par Tyrone Power, enfourche sa monture et effectue un saut périlleux par-dessus une falaise pour échapper à ses poursuivants. Pour que la scène puisse être tournée, le cheval dut avoir les yeux bandés. Le cascadeur chargé de cette séquence fit alors galoper le cheval sur une plateforme inclinée et graissée, conçue pour basculer au moment opportun et précipiter le cavalier et sa monture dans l’eau, 20 mètres plus bas. Le cascadeur s’en sortit, le cheval également, mais uniquement le temps de la chute. Celle-ci ayant terrorisé l’animal, celui-ci s’est débattu sauvagement, se brisant la colonne vertébrale avant de se noyer finalement. Cette incroyable et sordide affaire a poussé l’American Humane Association à organiser une manifestation massive contre le film, provoquant l’ouverture d’un bureau à Hollywood générant la visibilité sur la notion de défense des animaux, qu’ils soient acteurs ou figurants. Un accord, conclu en 1940 avec l’organisme chargé de faire respecter le code Hays, a obligé les cinéastes à consulter l’association American Humane en amont de tout film ayant recours ou mettant en scène des animaux.

La porte du paradis, plus proche de l’enfer pour les animaux qui y ont participé.

Les choses se mettent en place et s’améliorent jusqu’en 1966, date à laquelle la Cour suprême des États-Unis dissolue le bureau Hays. L’AHA ne bénéficie alors d’aucun soutien gouvernemental, perdant toute autorité et se retrouvant interdite d’accès sur les plateaux de tournage. Les cas de maltraitances animales se re-multiplient dès lors. L’association transgresse un maximum d’obstacles dans son combat pour les droits des animaux, et trouve une reconnaissance de la part d’Hollywood en 1972, lorsque la mention « aucun animal n’a été maltraité » apparait pour la première fois lors d’un générique, celui de The Doberman gang, l’histoire d’un dresseur de chiens en vue d’un braquage de banque. Mais parmi les productions auxquelles l’American Humane s’est vu interdire l’entrée, il y a eu Heaven’s Gate (en français La porte du paradis), en 1980. Dans ce film réalisé par Michael Cimono (Heaven’s Gate, en français Voyage au bout de l’enfer) avec notamment Christopher Walken, John Hurt et Isabelle Huppert, la liste des atrocités commises est insoutenable : combat de coqs, chutes de chevaux, mort de cheval due à une explosion àla dynamite, décapitations de poulets, saignement d’un bœuf pour maquiller les acteurs… Le propriétaire d’un cheval a porté plainte contre le film, l’accusant de négligence envers son hongre arabe, lui ayant causé de graves traumatismes physiques (dont une défiguration) et comportementaux. À l’instar de la chute de l’horreur dans Jesse James, cette affaire a provoqué l’appel au boycott du film par la publication d’un communiqué de presse détaillant ces actes de cruauté animale. S’ajoute à elle la dénonciation des conditions de maltraitance sur le tournage de Conan le Barbare (1982) où des chevaux se retrouvent les pattes liées avec des fils, ou forcés à se jeter contre des pieux pointus. Ces controverses jugées inacceptables par l’AHA permirent toutefois le retour de l’autorité de l’association, perdue des années auparavant. La supervision des conditions animales ont alors pris tout leur gallon dans toutes les productions audiovisuelles, et même au titre international. Dans les faits tout du moins.

Et si on n’oubliait pas les animaux dans « la magie d’Harry Potter » ?

La sécurité des animaux sur les plateaux de tournage deviennent une priorité, voire une obligation, et l’avertissement affiché au générique de fin viennent confirmer de facto que l’American Humane Association a réussi sa mission. Malheureusement, de nombreux métrages sont passés hors des filets, notamment via une liste formelle dans un rapport accablant sorti en 2013, citant le presque noyade du tigre de L’Odyssée de Pi en 2012, de trois pur-sang morts dans la série Luck de HBO, du husky roué de coups par son dresseur sur le tournage de Eight Below (Antartica, production Disney de 2006 avec Paul Walker). Des maltraitances ont aussi été signalées sur les pachydermes du film De l’eau pour les éléphants en 2011. Les super-productions ne sont pas étrangères à des manquements graves en la matière, avec par exemple une vingtaine de chèvres et moutons morts d’épuisement et de déshydratation sur Le Hobbit : un voyage inattendu, la blessure de quatorze chevaux sur Le Monde Narnia : le Prince Caspian en 2008, ou le hibou enfermé durant six semaines dans sa cage avec ses excréments sur le tournage du premier Harry Potter en 2001. Souvent, ces morts ou faits étaient jugés accidentels ou « n’étant pas liés au travail » pour échapper à des poursuites ou des censures qui auraient gravement nuit aux films. Un scandale en entrainant un autre… Bien que la mention « aucun animal n’a été blessé ou maltraité durant le tournage de ce film » n’est pas infaillible, elle reste un titre noble que la morale cherche par tous les moyens à faire respecter.

Cannibal Holocaust, le film qui n’a rien arrangé à la situation…

À l’inverse, des productions ont réussi à « se faire un nom » en allant à l’encontre de cette morale, afin d’exposer le pire sous le sceau de l’hyper-réalisme de son sujet. La plus malheureusement célèbre d’entre elles reste Cannibal Holocaust (1980) de Ruggero Deodato, qui expose à l’image des mutilations animales à outrance, de tortues tranchées au dépeçage de rongeurs vivants en passant par la décapitation d’un singe. La censure de ces séquences a disparu sous prétexte que le film regorgeait déjà de scènes gores dues au statut horrifique du film, dont des sévices humains qui sont toutefois, eux, des éléments factices pour le tournage. Il ny a qu’à entendre les propos lunaires du réalisateur à l’époque, estimant que « les quotas de chasse avaient été respectés » avant de regretter ces séquences du film quelques années plus tard. Bien que prônant la dénonciation des techniques de « civilisation par la violence » , le film reste aujourd’hui l’exposition de l’abject sous couvert d’une réputation sulfureuse qui perdure à regret encore aujourd’hui.

Dans Halloween, les toutous sont choyés… en hors-champ.

Ainsi, dans Halloween, c’est bien un dresseur spécialisé qui manipule un chien dressé pour l’occasion, afin de faire croire au spectateur que Michael Myers a étranglé le pauvre Lester. Si la mention qu’« aucun animal n’a été maltraité ou blessé durant le tournage du film » n’apparaît pas durant le générique, c’est uniquement parce qu’il n’était pas encore courant de la mentionner. Bien qu’aujourd’hui ce détail a son importance, il n’était pas encore dans les mœurs à la fin des années 70.

(sources : collider.com, reddit.com, DODE-AVOCAT.FR
PHOTO DE COUVERTURE : STRAY DOGS)
Retrouvez l’article consacrés aux toutous
victimes du croquemitaine : Myers contre la race canine

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