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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

INTERVIEW DE DAN J. SCHULTE (COMPOSITEUR, HALLOWEEN RETURNS TO HADDONFIELD)

Compositeur geek électronique par excellence, Dan J. Schulte est un musicien accompli depuis 1985 et a édité près d’une quarantaine d’albums depuis 1998. Sa musique a été utilisée dans des documentaires et rétrospectives liées au cinéma d’horreur, tels que Halloween 25 years od terror, Never sleep again : the Elm Street legacy, et la série en ligne  Horror’s Hallowed grounds de l’influenceur Sean Clark. C’est pour avoir notamment signé une démonstration d’un remix du célèbre thème d’Halloween de John Carpenter, composé en 2002 que Schulte en arrive à participer à l’écriture de la musique sur le documentaire englobant la grande convention de 2003 sur la saga Halloween à Pasadena.

Bonjour Dan. Merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pouvez-vous d’emblée nous indiquer comment vous êtes entré dans le monde musical ?

Je suis passionné de musiques de films et de musique électronique depuis toujours. Mes deux plus grandes inspirations remontent à 1980, lorsque j’ai découvert l’album Autobahn de Kraftwerk (grâce à un court-métrage HBO) et à 1984, en voyant la bande annonce de Firestarter [Charlie, de Mark L. Lester, avec Drew Barrymore, NDR] qui intégrait le morceau Burning force de Tangerine Dream, issu de la bande originale. J’ai su alors que je voulais faire de la musique électronique et, un an plus tard seulement, en 1985, j’ai acquis mon premier clavier, un Casio CK-500 pour les connaisseurs. Plus tard, mon premier synthétiseur professionnel, un Yamaha DX7IIfde, qui m’a permis d’enregistrer mes premières compositions.

Quelle est votre opinion sur les scores de la saga, principalement les plus électroniques, de John Carpenter et Alan Howarth ?

J’ai adoré la bande originale du premier Halloween dès que j’ai vu le film en 1979. C’est le minimalisme de la musique qui, selon moi, le rendait si angoissante. J’ai été plutôt déçu par la musique d’Halloween II parce que, malgré l’usage plus intensif des synthétiseurs, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’une simple reproduction quasi-exacte de celle du premier. LEs synthés étaient omniprésents, mais sans véritable originalité. J’adore en revanche le travail d’Howarth. Je lui dois une grande partie de mon inspiration musicale. Quand on regarde les premiers films de Carpenter, on remarque généralement des marques de fabrique bien spécifiques : des nappes de synthé analogiques et lancinantes, et les fameux effets sonores horrifiques de Howarth. Ce sont des nuances subtiles qui permettent de reconnaître un film de Carpenter, car aucun autre métrage n’use de cette sonorité. Howarth et Carpenter l’ont créée et cette signature leur est exclusive, et c’est fantastique.

Je vais évidemment vous demander quels sont les opus de la saga que vous aimez. Votre préféré, et peut-être aussi celui que vous aimez le moins.

Le premier est de loin mon préféré. Aucun n’est aussi terrifiant que l’original. Après le troisième, j’avoue que je n’aime plus rien de la même façon. Mon sentiment est que les suites (et j’y inclus les remakes) ont dénaturé Michael Myers et l’ont transformé en quelque chose de très différent de ce qu’il était à l’origine. Rares sont les icônes de l’horreur qui survivent à plusieurs films sans être surexploitées et reléguées au second plan. Au final, je crois que si j’ai vraiment détesté Halloween 4 et tous les suivants, c’est tout simplement parce qu’ils ne m’ont plus fait peur. Le premier possède des plans iconiques, des effets musicaux parfaitement situés, et des personnages crédibles qui ont marqué l’histoire du cinéma d’horreur. Les suites, comme souvent dans le genre, avec notamment Vendredi 13 et Les griffes de la nuit, donnent l’impression d’une tentative désespérée de faire durer une histoire qui n’a plus lieu d’être. C’est comme maintenir quelqu’un en vie artificiellement et trop longtemps. Il arrive un moment où il faut lâcher prise et se concentrer sur une toute nouvelle direction.

Votre opinion est tout à fait légitime. Et si la question relevait des musiques des films. Au-delà du premier, quel sentiment portez-vous sur les compositions des suivants ? Gardez-vous une préférence pour les thèmes électroniques d’Howarth, ou appréciez-vous la variante orchestrale de John Ottman sur Halloween H20 ?

Je n’ai jamais été un grand fan des musiques de ces films après le 3e opus. Si on se concentre sur le thème principal, celui-ci est fait pour être joué au piano ou au synthétiseur, pas à la guitare électrique ou aux cordes. Pour moi ça ne fonctionne pas du tout. La version orchestrale, je ne l’aime pas mais c’est vraiment une histoire de goût. Je sais que beaucoup de fans adorent les musiques plus récentes, ce n’est juste pas mon cas. À mon avis, aucune musique de film d’horreur actuelle n’arrive à créer la même tension ou à servir aussi bien un film. Avouez que la plupart des films d’horreur d’aujourd’hui n’ont ni mélodie ni thème mémorable. Ce ne sont que des cordes d’accompagnement oubliables et des pistes temporaires sans intérêt. Je pense qu’à un moment donné, à quelques exceptions près, quelqu’un à Hollywood a oublié que les musiques de films d’horreur les plus efficaces (Halloween, Zombie, Les griffes de la nuit, Phantasm, Creepshow…) étaient truffés de synthétiseurs. Pour vous dire, j’ai évoqué ce sujet lors d’un panel en mode table ronde lors de la convention de 2003, en présence de Danny Lux et John Ottman. Ottman n’a pas semblé apprécier mon observation selon laquelle les vrais fans préféraient les partitions électroniques minimalistes à ses œuvres orchestrales trop élaborées.

Avez-vous vu le remake de Rob Zombie ?

Croyez-le ou non, mais non, je n’ai pas vu le film ! Je ne suis pas fan des suites ni des remakes, sauf s’il y a une bonne histoire à raconter. C’est valable pour tous les films, pas seulement pour Halloween. Mais ce n’est plus Myers qui compte. C’est juste une question d’argent. Tenter de refaire Halloween est aussi insensé que de vouloir refaire Les Dents de la mer ou Star Wars. On ne peut pas recréer cette magie. La magie opère quand on ne la provoque pas. Je pense qu’Halloween III, même s’il a été largement rejeté par les fans, aurait été la bonne direction s’ils avaient introduit une nouvelle « forme », pour ainsi dire. Myers était mort. Il était temps qu’une autre icône terrifiante d’Halloween voie le jour… mais ils n’arrivaient pas à se séparer de Michael Myers.

Et si vous vous retrouviez face à Michael Myers, là, maintenant, quelle serait votre réaction ?

Je lui demanderais sans doute un autographe ou j’essaierais de lui arracher son masque ! Vous imaginez quel prix je pourrais en tirer sur des sites de revente en ligne ?

Et si on vous proposais de composer une musique pour un film de la saga ?

J’adorerais ! Je n’ai pas encore composé pour le cinéma, mais il faut dire que ma musique n’est pas grand public. Malheureusement, les synthétiseurs souffrent d’une certaine mauvaise réputation dans les bandes originales de films. Selon moi, si la musique électronique convient mieux aux films d’horreur, la plupart des producteurs hollywoodiens privilégie une approche plus commerciale avec la musique orchestrale. J’aurais espéré que le succès de la bande originale de Tron : l’héritage composée par Daft Punk aurait fait prendre conscience du potentiel des synthétiseurs dans les musiques de films…

Les conventions sont devenues populaires après celle des 25 ans de la saga, en 2003. Que pensez-vous de ce moment privilégié d’échanges avec les fans ?

J’étais justement à celle de 2008 à laquelle vous vous étiez rendu aussi, au stand de Horror’s Hallowed Grounds, où je distribuais un nombre très limité de CD contenant la musique d’Halloween Returns to Haddonfield sans les dialogues. J’étais content de vous avoir gardé un disque !

Un grand merci ! Ça a été mon premier voyage en Californie. Un moment formidable. Et je suis heureux d’avoir participé à cet événement et d’avoir découvert votre disque.

Je suis vraiment fier de ce travail. C’est, à ce jour, mon plus grand succès. Je l’attribue au son Carpenter/Howarth vintage que j’ai capturé et transformé en compositions originales. Au final, on dirait vraiment une nouvelle bande originale de Carpenter/Howarth, comme s’ils composaient encore des films d’horreur aujourd’hui. C’est pourquoi je pense que les fans d’Halloween s’y reconnaissent autant. La dernière bande originale de film que Carpenter et Howarth ont composée ensemble était They Live [Invasion Los Angeles en VF, NDR] en 1988. Les fans réclament ce son unique de leurs collaborations musicales depuis 20 ans. J’aime à penser que je leur ai offert une petite dose de cette nostalgie qu’ils attendaient avec impatience.

Votre passion pour le travail de Carpenter est indéniable, à l’écoute de vos titres. Quelles sont vos autres inspirations, classiques ou modernes ?

Je suis fan de Carpenter depuis Halloween et Fog, mais c’est la bande annonce de New York 1997 qui m’a véritablement converti. Ma mère m’a interdit d’aller voir le film après que j’aie vu la bande-annonce à la télévision, car il était interdit aux moins de 17 ans. J’ai donc acheté le livre de poche à l’épicerie du coin (qui s’est avéré bien plus violent que le film, soit dit en passant). Quand j’ai enfin vu le film sur HBO en 1982, j’ai été conquis par Carpenter et sa musique. La plupart de mes inspirations musicales viennent de compositeurs de musiques de film ou de pionniers de la musique électronique. Dans le monde du cinéma, mes héros sont John Barry, Jerry Goldsmith et Basil Poledouris, tous disparus aujourd’hui. Côté musique électronique, je dirais que mes plus grandes influences sont Tangerine Dream (1979-1987), Kraftwerk, Carpenter/Howarth, Mark Shreeve et votre trésor national Jean-Michel Jarre.

Lance Warlock, le fils de l’interprète de Myers dans Halloween II Dick Warlock, a également composé des morceaux pour l’édition DVD de la convention H25. Avez-vous écouté son travail et qu’en avez-vous pensé ?

J’ai beaucoup aimé le travail de Lance sur le DVD. Il s’intègre parfaitement à la présentation. Je suis vraiment honoré que ma musique vienne compléter la sienne dans le documentaire.

Aimez-vous les films d’horreur, anciens ou contemporains ?

Autrefois, oui. Mon film préféré de tous les temps, c’est Phantasm. De nos jours, les films d’horreur regorgent de mauvais acteurs qui me sortent complètement du film. Ils ont tous cette arrogance à l’écran, comme s’ils savaient qu’on les regarde. Je n’ai jamais eu l’impression que Jamie Lee Curtis, l’actrice, savait que j’étais assis dans une salle de cinéma à la regarder jouer. J’avais vraiment l’impression qu’elle était Laurie Strode et que j’assistais à un épisode de son histoire. C’est un signe des temps pour le cinéma en général, pas seulement pour les films d’horreur. Le dernier film d’horreur que j’ai vu au cinéma (et que j’ai vraiment aimé) était le remake de Dawn of the Dead. Si vous me demandiez quelle est la dernière production d’horreur que j’ai adorée, je dirais The Walking Dead. J’aurais composé la musique de cette série sans hésiter ! L’écriture est excellente. D’une certaine manière, j’avais déjà composé la musique des années avant sa sortie. Mon album Ground Rising (2009) est littéralement la bande originale d’un film de zombies qui n’a jamais vu le jour. Ça colle bien avec The Walking Dead, mais le fait d’être si peu connu dans le monde de la musique de film peut rendre difficile la visibilité. Promouvoir mon travail n’est pas mon point fort, mais d’autres personnes semblent m’aider à y remédier. Vous aussi, à travers cette interview !

Tout le plaisir de partager l’engouement des fans pour les fans est pour moi ! Et vous en êtes inconditionnellement un ! Merci infiniment pour vos révélations. Pour finir, pouvez-vous nous parler des projets qui vous ont le plus marqué ?

Merci ! On peut entendre certaines de mes dernières compositions dans le documentaire d’horreur primé Never Sleep Again : The Elm Street Legacy. Daniel Farrands, scénariste de Halloween 6 : the curse of Michael Myers et producteur de plusieurs documentaires d’horreur exceptionnels, m’a gentiment proposé de composer la musique de certains passages de cette rétrospective consacrée à Freddy Krueger, et je peux affirmer sans hésiter qu’il s’agit du documentaire d’horreur le plus abouti et le plus complet que j’aie jamais vu. Ce fut un projet formidable auquel j’ai eu le plaisir de participer ; il comprend non seulement des compositions originales créées spécialement pour le documentaire, mais aussi des morceaux de mon album Ground Rising, mon deuxième album préféré après celui consacré à Halloween. Je viens également de terminer et de publier la première partie de mon roman de science-fiction, Unit Revelation, disponible dès maintenant via Amazon Kindle. Je travaille l’opus 2, qui complète mon histoire, et me permet de franchir un nouveau cap dans la composition de musique de film. Ce n’est pas une musique d’horreur, mais on y perçoit encore une fois l’influence d’Howarth et de Carpenter. Quand la musique qu’on a aimée tout au long de sa vie s’ancre en soi, elle y reste qu’on le veuille ou non. Dans le cas de ce duo fantastique, c’est assurément une très bonne chose pour moi !

propos recueillis, traduits et édités par ZeShape
janvier/février 2011 / décembre 2025
retrouvez la page youtube de Dan J. Schulte

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