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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

LE SLASHER DU MOIS : LE BAL DE L’HORREUR 4 (1991)

Surfer sur la vague à moindres frais, l’idée sommaire par excellence de toute séquelle qui se respecte davantage qu’elle ne respecte son public. Arrivé à son quatrième opus, suivant un film d’origine très léger bien que culte, ayant malgré lui accouché d’un diptyque filant vers la parodie fantastique de bas étage, la saga du Bal de l’horreur a l’embarras du choix : continuer de creuser le trou de sa fosse mortuaire (après tout, qui en a encore quelque chose à battre de cette franchise ?) ou assurer un nouveau virage à 180° pour surprendre l’hasardeux spectateur qui viendrait s’y frotter. Nous sommes en 1991, le slasher vit sa plus vile agonie (La fin de Freddy sonne déjà le glas du plus populaire des croquemitaines encore à l’écran), et malgré cela, des producteurs sans doute venus d’une dimension parallèle mettent en chantier cette histoire abracabrantesque de curé tueur armé d’un poignard-crucifix. Sur le moment, on ne peut que se dire que ça va être drôle, mais non. Même pas. Alors qu’est-ce que cet OVNI semblant être tombé sur Terre par accident peut bien apporter au genre ?

Encore des jeunes qui ne pensent qu’à s’amuser !

Écrit un soir de cuite par Richard Beattie qui plus tard ira jusqu’à sortir Steven Seagal de cure pour une série TV aux abonnés absents (True Justice, dont les quelques images brillent telle une pépite rare qu’on aimerait garder enfouie sous terre), Le bal de l’horreur 4 : délivrez-nous du diable pose ses bases… un soir de bal de promo durant lequel un prêtre assassine des jeunes pour s’être adonnés à la luxure. Drogué et emprisonné par ses confrères pendant plusieurs années, il finit par s’échapper, bien-sûr, et reprend sa quête sanglante en cherchant à punir quiconque ne ferait pas l’objet de foi dans ce bas monde. Il jette alors son dévolu sur quatre camarades venus fêter la fin des cours dans une grande demeure aux allures de manoir gothique. La fête va très vite basculer en cauchemar.

Final girl mention badass, au moins pour la photo.

Un cauchemar qui pourrait très vite atteindre le spectateur, qui, face à une pareille aberration, peut appréhender le pire. Et du pire, il en aura dès la vision du prêtre en question, dont on aurait librement imaginé le faciès dépéri d’un vieux catho tremblotant prêt à hurler au blasphème et à la décadence de la jeunesse, mais non ! Le père Jonas relève davantage du puissant latino à longue crinière et aux yeux de feu, jeune étalon au physique digne d’une production arc-en-ciel, qui va d’une main de maître dégommer de la chair fraîche sans forcément (et c’est tant mieux) chercher à être convaincant. Le but est l’extermination pure et simple. Et elle sera gratinée, rappelant à ses heures le niveau de crétinisme du sinistre Douce nuit sanglante nuit 2. Et parce qu’il est facile de tirer sur l’ambulance, on pourrait aussi indiquer que, comme le stipule un des personnages, cette soirée de bal de promo est organisée dans la maison des parents qui sont rarement là en été, et comme tout événement estival qui se respecte, est ici ponctuée d’une belle et crédible tempête de neige. C’est toute la magie de situer l’action du film au Canada, connu bien sûr pour ses terribles déchaînements neigeux même en plein mois de juin.

« Alors, vilaine pécheresse, tu n’as pas fait ta prière du soir ? »

C’est là que ce Bal de l’horreur 4 déçoit et reste encore aujourd’hui la risée de la saga : tout est pris avec un étrange et incroyable sérieux, là où la dérision était de mise. L’opus 3, The last Kiss, avait beau être d’une nullité absolue, il était au moins drôle, ce qui, dans le registre des films d’horreur des années 80, avait au minimum le mérite d’être fun. Ici, malgré un prêtre bodybuildé aux allures de Lorenzo Lamas (les yeux noirs du diable en plus), la trame sert un étalage de messages puritains à outrance, comme si ce mobile archaïque de punir les mécréants était à prendre au premier degré (même quand il rejoue une séquence de Psychose en se travestissant en femme à perruque dans un fauteuil à bascule). Dans un sens, au-delà d’être d’une supercherie rarement atteinte, on est dans le plus pur combat du bien contre le mal, à la différence près que la définition du mal est loin d’être aussi évidente. Bien que perpétrés par un prêtre pour excuser l’idée du tueur impitoyable, les meurtres sont-ils justifiés sous prétexte qu’ils éradiquent des païens ? Les brûleurs de sorcières étaient-ils des hommes de foi plus méritant de la bénédiction divine que les condamnés (qu’ils fussent bel et bien coupables ou non) ? Le débat est sans fin, et trouve ici une représentation vulgarisée au possible qui remet tout de même la question à l’ordre du jour. 

« Tu la sens ma grosse croix ? »

Enfin, les motivations du tueur sont surtout dans ce film liées aux origines du slasher, et des contestations vives que le genre a subi dès la sortie de Halloween : la jeunesse libertine et bafouée est la cible de la Mort, qui vient assouvir sous couvert de la bonne morale les châtiments contre les impurs. Et après des centaines de croquemitaines masqués, défigurés ou difformes, Le bal de l’horreur 4 exhibe au grand jour cette bête vengeance puritaine sous les traits d’un curé suivant les directives du très haut. Ça a beau être idiot, c’est surtout joliment honnête et assumé. En ce début des années 90, s’arrêter un instant pour se poser la question de quelle place occupe la religion dans la vie des adolescents, c’est finalement assez audacieux et complexe. En confrontant le public à cette question avec à l’image un tueur en série fanatique qui n’attend aucun signe divin pour estimer avoir le droit de faire ce qu’il fait, on dira ce qu’on voudra, mais les producteurs de ce film en avaient quand même sacrément sous la soutane.

En stupéfaction devant une montagne d’ennui(s)

Passée cette ironie sur le genre, le film se déroule de façon plutôt conventionnelle. Les acteurs ont beau avoir l’air d’approcher la trentaine, ils incarnent une nouvelle salve de cette jeunesse candide et volatile. Impossible sur ce point d’échapper aux clichés les plus éculés, avec l’héroïne Meagan (Nicole de Boer, visage régulier du petit écran outre-Atlantique, ayant tout de même joué dans Cube), un peu plus débrouillarde et dotée de bon sens (quoique…) que son petit ami Mark (J.H. Wyman, futur producteur de la série Fringe, et acteur dans les années 90, notamment dans l’inepte The Club qui fut un temps pressenti pour être le Bal de l’horreur 5) et ses camarades frivoles Lisa (sosie de la Madonna peroxydée de l’époque) et Brad. Le casting ne laissant que peu de suspense sur qui mourra et qui va survivre, le film s’étend aussi sur l’équipe de religieux censés garder sous sédatifs le père Jonas (James Carver, retourné depuis dans l’anonymat le plus total) dans sa cellule aux allures de sous-sol d’abbaye. C’est la mission du père Colin (Brock Simpson, unique acteur ayant eu un petit rôle, bien que différent, dans les quatre opus de la saga Le bal de l’horreur) à laquelle il échoue lamentablement, provoquant l’évasion de l’assassin forcené, habité en plus de sa rage destructrice de plus de 30 ans de contenance forcée.

Définition de « L’habit ne fait pas le moine »

Les personnages étant très limités (dans leur nombre et dans leurs facultés mentales), on n’évite malheureusement pas quelques longueurs dans l’intrigue, avec le quatuor errant dans la maison à la recherche du scénario. L’entourage de l’héroïne ayant la profondeur d’une capsule de bouteille, leurs déboires sont aussi insipides que leurs dialogues. Une latence qui endort plus qu’elle ne maintient un certain suspense, mais qui permet en tous les cas de dérouler le tapis rouge au père Jonas lorsque celui-ci tombe la lame de son poignard sur ses victimes. Si on regrette que les armes ne soient pas plus variées (coups de poignard, strangulation, égorgement, boîte crânienne écrasée), reconnaissons un certain goût pour la mise en scène pour des choix d’issues fatales empruntes à un grand sens du spectacle (la crucifixion, la punition par les flammes). En guise de remplissage, on a donc droit aux recours habituels des productions des années 90 (qu’on verra resservies à outrance jusqu’à la fin des années 2000) : quelques caresses coquines entre filles, des parties de jambes en l’air avec l’accent sur des fessiers féminins ou masculins, des plans serrés sur les cabotinages du curé de l’enfer, et un éclairage tamisé pour tenter de donner de la profondeur aux décors à défaut d’en accorder aux personnages.

Pépite des nineties…

Restent donc quelques bonnes idées pataugeant dans une mare passablement infecte : la scène d’intro se déroulant au lycée Hamilton le même soir de bal de promo 1957 que Le bal de l’horreur 2 : Hello Mary-Lou (sans toutefois faire le moindre écho à l’intrigue de ce deuxième opus ou même à autre de la saga), les coups de fil dans l’obscurité (rappel de l’époque de gloire des giallo), les apparitions laissant surgir le père Jonas de l’ombre face aux cris stridents de l’héroïne (ça reste la base indéfectible du genre) ou quelques scènes de poursuite plutôt bien mises en valeur (le réalisateur Clay Borris assure dans un registre qui n’était pas voué à détonner, comme il l’indique dans son interview exclusive). Le vrai mérite de ce film reposant évidemment sur un tueur qui rassemble tous les clichés (des plus évidents aux plus absurdes) et qui parvient toutefois à être à la fois d’une fadeur rarement vue à l’écran et en même temps terriblement charismatique. C’est la lutte des opposés qui définit pleinement Le bal de l’horreur 4 : le mix parfait entre le nanar détestable d’ennui et la parfaite symbiose d’un genre qui par ce film dévoile le fondement de toutes nos prières.

LE BAL DE L’HORREUR 4 : DÉLIVREZ-NOUS DU DIABLE
(PROM NIGHT 4 : DELIVER US FROM EVIL),
UN FILM DE CLAY BORRIS, CANADA, 1991
● les + : un tueur impitoyable qui, derrière la bêtise de ses sermons, incarne l’essence-même du slasher movie.
● les – :
un manque d’idées et de consistance qui rend le film très ennuyeux…
● la meilleure séquence dU film :
L’héroïne qui attaque le prêtre avec une bombe d’anti-moustiqueS. non, je rigole… plutôt celle où elle essaye d’éteindre le feu sur son bras avec une pelle.
● les pires scènes dU FILM :
les allées et venues laborieuses des personnages creux dans une maison vide.
Verdict : *****

dans la catégorie : « Too bad it’s fun » :
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