C’est la formule la plus élémentaire et la plus courante à Hollywood et dans le cinéma en général : succès = suite. Les exemples sont légion, même chez les films qui n’appelaient pas à une séquelle, comme Gladiator, Taken ou Very bad trip (voire une saga toute entière et sans fin comme Fast & Furious ou Saw). Pourtant, dans le cas de Halloween, bien que ce concept ait touché la saga dès son origine avec le triomphe du film de Carpenter à une époque où le slasher venait porter un souffle nouveau dans le genre horrifique, ce n’est pas toujours le box-office qui a permis à Michael Myers de revenir encore et encore sur les écrans.

La popularité d’un personnage est bien évidemment l’argument numéro 1, avec l’appât du gain des producteurs qui se frottent les mains à chaque nouvelle prouesse effectuée dans les salles. Jack Sparrow, Indiana Jones, John Wick ou Han Solo suffisent à rameuter les foules depuis de nombreuses années, où qu’ait pu se situer la qualité du dernier film en date avec l’icône en question. Michael Myers, entre autres croquemitaines superstar comme Freddy, Chucky ou Ghostface, n’est pas en reste. C’est ainsi que malgré les résultats très mitigés des opus 5, 6 ou 8 de la franchise Halloween, un nouvel opus a toujours fait grand bruit et bousculé les attentes du public. Et si un nouveau film est toujours un événement, parfois le phénomène prend une ampleur encore plus grande avec un projet beaucoup plus ambitieux, comme a pu l’être la trilogie de David Gordon Green en 2018.

Ce projet, porté par Jason Blum après le rachat des droits de la franchise jusque-là entre les sales pattes d’Harvey Weinstein, a placé un maximum de billes dans son sac pour garantir son succès : l’annonce d’un nouveau film qui n’avait jamais été sous silence depuis tant d’années, le retour de l’actrice Jamie Lee Curtis et de John Carpenter, et une trame anniversaire pour convaincre les plus nostalgiques. Et le carton du film dans les salles mondiales en 2018 (box office de près de 260 millions de dollars à travers la planète pour un budget d’environ 10 millions) a ouvert le champ à non pas une mais deux suites immédiates, phénomène rare dans une saga comptant déjà dix films. Mais cette notion de trilogie avait-elle été considérée dès le départ, ou est-elle le fruit de ce succès certes espéré mais dont la mesure colossale est toutefois restée une surprise ?

Jamie Lee Curtis révèle lors d’un festival que l’idée d’une trilogie l’aurait immédiatement stoppé à l’évocation d’un retour dans la franchise, quinze ans après Halloween Resurrection qu’elle avait déjà subi plus que choisi : « S’ils étaient venus me voir et m’avaient dit que ça allait être une trilogie, je ne pense pas que j’aurais dit oui. Jason Blum est connu pour être très radin. Comment on produit des films avec de petits budgets ? On ne paye pas les gens. C’est le principe. » Bien qu’elle remercie le producteur de s’être tourné vers elle pour ce projet, Halloween relançant mine de rien chaque fois sa carrière tous les 20 ans, Curtis précise donc bien que les opus Kills et Ends ne sont nés que du succès du film anniversaire de 2018. Pourtant, une clause contractuelle existait déjà à l’origine, et il semble peu probable que l’actrice soit passée à côté en embarquant sur le projet. Elle l’avait déjà indiqué à l’époque d’Halloween 20 ans après en 1998, ne pas avoir signé en tant que productrice l’avait empêché d’avoir un véritable poids dans les décisions concernant le sort de son personnage et du film en lui-même, et c’était un regret immense. Aurait-elle fait la même erreur vingt années plus tard, à nouveau ? Pas vraiment, puisqu’elle est bel et bien affublée de la casquette de productrice sur les trois films réalisés par David Gordon Green. Alors à quel moment cette trilogie a-t-elle été envisagée ?

Jamie Lee Curtis est productrice exécutive sur le film de 2018, et productrice déléguée sur Halloween Kills et Halloween Ends. Un titre prestigieux dans le principe, mais qui n’a pas beaucoup d’impact sur les décisions prises par les véritables commissaires de lance des films, à savoir Jason Blum, Malek Akkad et Bill Block. Ce statut permet avant tout un retour sur investissement en cas de succès, mais pas de véritables prises de décisions quant à l’avenir de la franchise. Cette participation aux deux derniers films de la saga, Jamie Lee Curtis la justifie par son amour pour son personnage et pour le public qui se voit à travers elle depuis ses débuts au cinéma. Elle précise toutefois que tout n’est pas cousu de fil blanc : « Quand on était en plein montage et mixage, David Gordon Green m’a dit, ‘Tu sais que c’est une trilogie ?’. Et j’ai dit, ‘Euh, non !’. Je suis allée voir Jason Blum et j’ai dit, ‘J’ai quelques idées, peut-être que tu pourrais me faire signer un droit de premier regard, et me verser un peu d’argent’. J’ai ajouté ‘Et pourquoi pas un petit contrat au niveau du développement ?’. Je lui devais deux films Halloween contractuellement, donc qu’est-ce qu’il allait me répondre ? » .

L’actrice reste connue pour porter des avis contradictoires sur la saga, selon si l’exercice consiste à promouvoir un film actuellement à l’affiche, ou un regard sur une de ses participations antérieures. Et s’il est facile e de cracher dans la soupe, il est certain que ses rapports avec Jason Blum sont restés au beau fixe même après Halloween Ends, puisque Blumhouse a produit la série Scarpetta dans laquelle Curtis jouait aux côtés de Nicole Kidman. Finalement, il est à penser que la clause contractuelle obligeait dès l’origine Jamie Lee Curtis à revenir en cas de suite(s) potentielle(s), agrémentée d’un bonus considérable au vu du profit accumulé par le succès des trois films et du titre de productrice qu’a pu faire valoir l’actrice, auréolée d’un Oscar en 2023 avec Everything everywhere all at once. Curtis a toujours eu à coeur de mettre cette consécration à profit des opérations de charité envers de nombreuses associations qu’elle soutient. Cette notoriété restée intacte permet même aux plus fous de penser qu’elle reviendra encore, d’une façon ou d’une autre, dans le projet cinématographique de 2028 marquant les 50 ans de la saga initiée par John Carpenter. En tant qu’actrice en tous les cas, le public pourra la retrouver en février 2028 via les traits d’Angela Landsbury dans la nouvelle adaptation de la série Arabesque (Murder, she wrote), cette fois dans un film de cinéma.