ZeShape : Bonjour Mark. Merci de vous prêter au jeu de cet échange de questions.
Mark Ezra : Merci à vous. Je suis ravi de pouvoir parler du Jour des fous.
ZSH : Forcément, je vais vous demander comment a démarré votre carrière et ce qui vous a conduit à écrire le scénario de Slaughter High (Le jour des fous)?
ME : Mon père m’a prêté sa caméra 8mm quand j’avais 11 ans. Il m’a donné une bobine de pellicule et m’a dit de réaliser mon propre film. Nous avions une grande maison avec des fenêtres identiques à chaque étage. J’ai convaincu ma sœur d’ouvrir la fenêtre du haut et enjamber le rebord. Je l’ai ensuite filmer en train de sauter de celle du rez-de-chaussée, suivi d’un plan d’elle s’effondrant sur la pelouse. Les plans permirent de créer l’illusion qu’elle avait sauté de très haut. J’avais donc un bon instinct en tant que monteur. Je suis ensuite allé en école de cinéma, où j’ai rencontré John, un autre étudiant, qui était épaté par mes travaux de montage. On a travaillé ensemble cet été-là sur un projet de film entre l’Europe et le Maroc, sur huit pays différents, pour la National Union of Students. Après nos diplômes avec mentions prestigieuses, John et moi avons réalisé plein de petits films, des courts-métrages, et écrit des scripts pour des producteurs anglais. John a fini par enseigner le cinéma à l’université, et j’ai continué à écrire et éditer des films, avec toujours l’espoir d’en réaliser un un jour.

Ce qui a été un peu le cas avec Le jour des fous, que vous avez partiellement aussi réalisé.
En fait j’ai rencontré Peter Litten et George Dudgale qui étaient propriétaires d’une société d’effets spéciaux. Ils avaient notamment travaillé sur les SFX du film Don’t open till Christmas. Ce n’était pas un bon film, mais leur travail ont impressionnés le producteur Dick Randall. Dick était en Angleterre parce que recherché par le FBI pour fraude. Il m’a confié de lui présenter un titre de film d’horreur et que s’il l’aimait, il en vendrait le concept à Cannes et y investirait l’argent pour le faire réaliser. Je lui ai proposé le titre April fool’s day (Poisson d’avril), qu’il a beaucoup apprécié, notamment parce que le 1er avril l’année suivante tombait pendant le Spring break, soit pendant les vacances scolaires. Je vous vois venir, mais j’expliquerai le changement de titre plus tard.
C’est gentil d’avoir relevé ! Il est vrai qu’April fool’s day désigne au final un autre slasher sorti quasiment en même temps que Slaughter High.
Oui, et nous ne sommes encore qu’en 1984. Dick avait un moyen bien à lui de réunir de l’argent. Il nous disait que nous aurions 100.000$ pour faire le film, soit 40.000£ à l’époque. Puis il a indiqué à son partenaire en affaires aux USA que le film coûterait 250.000$. Son partenaire lui a donc fait parvenir la moitié des fonds, soit 125.000$. Il nous en a confié 100.000, et a gardé au passage les 25.000 restants pour lui ! De sa poche il n’a rien investi du tout ! J’ai appris tout ça bien après la réalisation du film.

Ca parait incroyable. Mais ça n’a pas entravé la production du film, semble-t-il, malgré des délais serrés.
Non, en effet. Peter Litten, George Dudgale et moi étions d’accord de nous partager le rôle de réalisateurs. C’était notre premier film à tous les trois. Dick nous a donné trois semaines pour rédiger le script, réunir le casting, et trouver les lieux de tournage. Le film se déroule aux USA mais a été tourné en Angleterre. Et donc trois semaines supplémentaires pour mettre en scène le film.
Ce sont donc bien des délais serrés ! Une réalisation d’un film de cette envergure en trois semaines, on n’avait sans doute plus vu ça depuis Halloween de John Carpenter ! Aviez-vous des inspirations particulières pour ce scénario ?
J’ai écrit le script en 10 jours : dix étudiants reviennent dans leur ancienne école pour une réunion marquée par l’un d’eux qu’ils avaient tourmenté au point de le rendre fou. Ils s’y retrouvent enfermés et assassinés les uns après les autres par le tueur fou. Je me suis inspiré de la plus célèbre histoire d’Agatha Christie Ils étaient dix (connu sous un autre nom à l’époque, devenu politiquement incorrect). Dix personnes tuées l’une après l’autre car elles sont toutes coupables de quelque chose et dont le meurtrier est un juge lui-même coupable qui se tue avant que les corps soient découverts.

Les effets spéciaux old school de Peter Litten sont absolument savoureux !
Peter s’est d’abord chargé du casting. J’ai déniché des américains étudiants en arts dramatiques qui voulaient un rôle dans le film. George ne s’est pas chargé de cette partie-là, mais il a dirigé une grande partie des scènes de dialogues. Peter a mis en scène des séquences impliquant des effets spéciaux (par exemple la scène du lit électrisé), souvent avec deux caméras pour deux angles de prises de vue. Nous avions malheureusement si peu de budget qu’on avait souvent qu’une unique change que l’effet spécial fonctionne. Le rendu de la fille brûlée à l’acide par exemple (une réplique de son visage en cire séché progressivement avec un sèche-cheveux) c’est absolument atroce. L’estomac de Ted qui explose, c’est pas non plus aussi efficace qu’on l’aurait voulu, parce que Peter voulait faire un essai préalable. « L’estomac » était rempli de préservatifs raccordés à des tuyaux à haute pression. Lors du test, Peter a injecté de l’air trop rapidement et plusieurs des capotes ont claqué avant le tournage. Après cette débâcle je lui ai dit qu’on filmerait dorénavant les prises d’essai pour éviter à l’avenir ce type d’incidents.

C’est épatant ! Y a-t-il d’autres secrets sur ces effets spéciaux que vous pourriez nous partager aujourd’hui ?
Tout à fait ! Pendant le tournage, nous avons filmé la grosse explosion dans le couloir, celle où Marty est horriblement brûlé. Nous étions tous derrière la caméra. L’assistant de Peter a rempli des sacs poubelle en plastique de gaz et, au bon moment, a fait exploser un petit détonateur. La boule de feu était bien plus grosse que prévu et s’est dirigée vers nous à toute vitesse. Quelqu’un a ouvert une fenêtre pour que le gaz et les flammes se dispersent plus rapidement. Malheureusement, à ce moment précis, le cortège du président américain Ronald Reagan, se rendant à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis située à proximité, passait devant l’école. Les agents du Secret Service ont entendu l’explosion, ont vu les flammes et se sont précipités pour protéger le président. Ils ont arrêté notre directeur de production, mais l’ont relâché lorsqu’ils ont compris ce que nous filmions.
Une anecdote hors du commun ! Et c’est pendant le tournage qu’arrive le conflit concernant le titre de votre film.
Oui. À mi-chemin du tournage, Dick et son partenaire américain Steve furent contactés par la Paramount, qui produisait également un film intitulé April Fool’s Day. Dick avait déposé le titre, mais pas la Paramount. Ils durent donc racheter le titre à Dick et Steve pour 250.000$. Steve récupéra ainsi son investissement et Dick réalisa un gros bénéfice ! Malheureusement, nous avons dû poursuivre le tournage sur le thème et les idées de notre April Fool’s Day, même si nous savions que nous devrions changer de titre, ce qui était assez déprimant.

Cela avait-il altéré la bonne ambiance sur le tournage, ou vous aviez d’autant plus de motivation à tirer votre épingle du jeu ?
Eh bien Dick s’est aussi rendu compte que ce film, le nôtre, serait meilleur que tous les autres (il en a réalisé, produit ou acquis plus de 100, bien que seuls Le jour des fous et Pieces avaient eu une certaine notoriété). Il m’a donc demandé d’engager une star de cinéma plus âgée afin de pouvoir vendre le film à un prix plus élevé. Il m’a mis en contact avec Telly Savalas (une star de cinéma et également une grande vedette de la télévision américaine grâce à sa série policière Kojak). J’ai eu une conversation amusante avec Telly, mais il demandait beaucoup plus d’argent que ce que Dick était prêt à payer. Nous avons ensuite essayé Peter Lawford, ami de Frank Sinatra et beau-frère du président Kennedy. Lawford était lui aussi trop exigeant. Nous avons donc engagé un ami américain de Dick pour jouer le rôle du professeur de gym pour une somme modique.
Quelles sont les scènes du film que vous avez réalisées ?
Vers la fin du tournage, je me suis rendu compte que nous n’avions pas assez d’images pour un long métrage de 90 minutes. J’ai donc imaginé une course-poursuite folle dans l’ancienne école. Il s’agissait de la Marylebone Grammar School, qui était fermée et sur le point d’être démolie. Nous avons loué une steadycam (une invention récente) et un cadreur. J’ai réalisé ces séquences et j’ai également joué le rôle du bouffon/Marty. Caroline Munro avait été une star de films tels que James Bond, etc… et vivait avec George Dugdale (ils se sont mariés plus tard), bien qu’elle soit plus âgée que tous les autres « élèves » [35 ans au moment du tournage, NDR]. Je poursuivais Caroline dans l’école et elle devait me frapper avec la batte de baseball. Elle était réticente, mais je lui ai dit que j’étais solide et qu’elle pouvait me frapper aussi fort qu’elle le souhaitait !

L’ambiance sur le tournage était donc plutôt bonne, entre les acteurs et les équipes techniques ?
L’ambiance avec les acteurs était bonne. Ils étaient un mélange de britanniques et d’américains. Un critique s’est plaint de l’accent horrible de l’actrice qui jouait Donna, celle qui se fait électrocuter. En réalité, son accent était authentique, puisqu’elle était texane ! L’ambiance avec l’équipe de tournage était moins bonne, néanmoins. Le directeur de la photographie était mauvais. Il a été embauché parce qu’il était bon marché et je crois qu’il devait de l’argent à Dick. Nous l’aurions renvoyé, mais nous n’avions pas le temps de trouver un remplaçant. J’aurais préféré un éclairage plus réussi, plus atmosphérique.
Le film a mis deux ans à sortir en salles. Comment expliquez-vous cela ?
Comme il l’avait promis, Dick a présenté le film à Cannes en mai 1985 pour le vendre. J’y étais aussi, car j’avais écrit un scénario pour deux investisseurs qui m’accompagnaient (EMI, une grande société de production, avait adoré ce scénario, mais a fait faillite l’année suivante). Le film a été projeté et j’étais nerveux à l’idée que mes investisseurs le trouvent médiocre et horrible comparé au scénario que j’avais écrit pour eux. Dès le début de la projection, de nombreux distributeurs et acheteurs sont sortis. Certains se sont enfuis ! À la fin du film, il ne restait plus que mes deux investisseurs et moi. Ils m’ont félicité, mais j’étais gêné que personne d’autre ne l’ait aimé. Je suis sorti et j’ai vu Dick entouré de monde. Je me suis approché et je lui ai dit que la projection avait été un désastre. Il a retiré son gros cigare de sa bouche et m’a demandé si j’avais vu tous les acheteurs se précipiter dehors pour être les premiers à faire une offre de distribution ! Le film a donc été un succès. Nous l’avons vendu à une nouvelle société américaine, Vestron, pour près d’un million de dollars. C’est Vestron qui a rebaptisé le film. Ils avaient amassé une fortune grâce à la distribution du clip de Thriller de Michael Jackson, mais ont commis des erreurs de gestion par la suite et ont frôlé la faillite. Nous n’avions donc aucun contrôle sur la date de sortie du film.

Pouvez-vous nous parler de Simon Scuddamore, l’interprète de Marty, tragiqument décédé peu avant la sortie du Jour des fous ? Je sais que c’est un sujet sensible, mais pensez-vous que le film a réellement eu un impact si fort sur lui et sur sa santé ?
Simon aspirait à une carrière d’acteur dramatique. Il aimait aussi aider les enfants. On m’a dit qu’il avait été héroïnomane, mais qu’il était désormais sevré et travaillait dans une association caritative pour enfants. Il était parfois indisponible pendant le tournage. C’est pourquoi j’ai joué le rôle du bouffon certains jours. Nous trouvions toujours le film trop court, alors nous avons inventé une fin onirique pour lui donner plus d’impact. Nous avons renvoyé le directeur de la photographie et un ami de mes études de cinéma s’est chargé de l’éclairage. Simon avait besoin de beaucoup de maquillage pour sa grande scène avec l’explosion. Lors du tournage de la scène de son accident, nous avions un maquillage similaire, mais il ne paraissait pas assez horrible, car il séchait constamment. J’ai donc pris de l’Alka-Seltzer, je l’ai réduit en poudre, je l’ai appliqué sur ses « brûlures » et j’ai versé un peu d’eau dessus juste avant de commencer à filmer. Cela fit boursoufler ses « blessures », comme si de l’acide lui brûlait la peau. En tous les cas, Simon reprit son travail auprès des enfants, mais replongea très vite dans l’héroïne et mourut d’une overdose. Certains pensèrent que cela était dû au sujet horrifique du film. Nous avons jugé inapproprié de commenter, mais je crois que cette association d’idées a dans un sens et surtout malgré nous contribué à la promotion du film.
Comment était-ce de travailler avec George Dudgale ? Comment s’est passé le partage des tâches sur le tournage ?
George avait tendance à beaucoup boire le soir, si bien qu’il arrivait parfois en retard le matin. Il devint alcoolique et mourut relativement jeune. Quand il était en retard, Peter ou moi préparions les premières prises, puis George arrivait et les modifiait, ce qui nous faisait perdre du temps. Je m’entendais bien avec lui. Mais lorsqu’il s’agissait d’organiser le tournage du générique, il a prétendu tout gérer, car j’étais occupé au montage. J’ai découvert plus tard qu’il s’était attribué la co-écriture du scénario, ce qui m’a agacé. Mais nous n’avions pas le budget pour refaire les prises.

En tant que scénariste, pensez-vous qu’il s’agissait d’une bonne idée de faire du film un rêve ? Est-ce que c’était dans l’intention de faire de Marty un personnage plus raisonnable pour le public, voire sympathique, en n’étant finalement pas totalement coupable de ses méfaits décrits dans le film ?
Pas vraiment. J’ai expliqué la raison de ce choix. J’aurais préféré que le film se termine sans cette scène, mais au tournage et au montage, elle paraissait faible. Nous avons donc tourné les séquences oniriques pour rallonger le film et y ajouter une touche d’horreur. J’ai ensuite emmené le film à Hollywood et j’ai demandé au compositeur Harry Manfredini [compositeur sur la muique de la saga Vendredi 13, NDR] de composer la bande originale. Je n’ai eu que quelques jours avec lui, et il n’avait qu’un piano. Aujourd’hui, un compositeur disposerait d’un clavier électronique capable de jouer une bonne approximation de la musique finale. Comme c’était la première fois que je guidais un compositeur, je ne m’en suis pas très bien sorti. Quand Harry m’a envoyé les morceaux quelques semaines plus tard, j’en ai trouvé certains qui ne convenaient pas. Nous n’avons donc pas utilisé tout son travail, ni tous les passages qu’il avait prévus. Harry était très contrarié, mais je pense que la musique fonctionnait bien là où nous l’avions placée.

Connaissez-vous la saga Halloween ? Y a-t-il un slasher ou film de genre que vous appréciez particulièrement ?
Je crois n’avoir vu que le premier Halloween (peut-être le deuxième). Je l’ai trouvé excellent et la franchise très efficace. À l’époque du tournage, j’avais vu beaucoup de films d’horreur, dont Vendredi 13 (dans lequel Steve avait investi, d’où sa relation avec Paramount et la vente de notre titre). J’aimais beaucoup le travail de Cronenberg, en particulier Scanners. La scène de la tête qui explose est encore très nette dans ma mémoire.
Que pensez-vous de cette période dite « nostalgique » au cinéma actuellement, avec les retours de grandes franchises comme Halloween, Scream ou Souviens-toi l’été dernier avec un nouveau film des années après l’original ? Est-il possible qu’on ait un « requel » du Jour des fous, bien qu’il n’ait eu aucune suite ou même un remake ?
En 2009, j’ai aidé la veuve de Dick à vendre son catalogue de plus de 100 films, dont Slaughter High et Pieces. J’ai proposé à l’investisseur qui a racheté le catalogue de réaliser un remake ou une suite de Slaughter High, mais il n’était pas intéressé. Auparavant, vers 2005/2006, j’avais été contacté par Gianni Nunari, qui connaissait Dick et Steve, et sa société « The Hollywood Gang ». Ils voulaient savoir si je détenais les droits de remake de Slaughter High et si j’étais bien le savant fou à l’origine de tous ces meurtres. Ils m’ont expliqué qu’ils attendaient de voir le succès de leur dernier film, 300, au box-office. Si les résultats étaient bons, ils me proposeraient un accord. 300 a été un immense succès, rapportant environ 500 millions de dollars. À tel point qu’ils ont abandonné mon projet de remake et se sont consacrés à la production d’excellents autres films.

Selon vous, le slasher est-il un genre qui a encore de l’avenir ? Quel film estimez-vous être un bon exemple moderne et inspiré pour la nouvelle génération ?
Je crois qu’il y a un véritable engouement pour le retour des films d’horreur sanglants. Un ami ne tarissait pas d’éloges sur Terrifier et ses suites (que je n’ai pas vues). D’ailleurs, cet ami, Tony Maylam, avait réalisé le premier film d’Harvey Weinstein, Carnage : the burning, où il travaillait avec Brad Grey (futur directeur de Paramount). Apparemment, Harvey est tombé dans le lac et a failli se noyer, mais Tony a nagé jusqu’à lui et l’a sauvé – un geste qu’il regrette sans doute aujourd’hui ! Pour ma part, je me suis plutôt orienté vers les thrillers, comme Riders, réalisé par Gérard Pirès, le réalisateur de Taxi pour Luc Besson. Ce film a été numéro un au box-office français lors du Festival de Cannes en 2002. Mon scénario était excellent, vraiment, mais les restrictions budgétaires, entre autres, ont nui à la qualité du film.
Je me souviens nettement de Riders, que j’ai découvert à sa sortie en salles en 2002. Les cascades ressemblaient effectivement beaucoup à ce que Gérard Pirès avait fait dans Taxi. Natasha Henstridge et Steven Dorff y étaient excellents.
Je suis heureux que Riders vous ait plu. Je m’entendais très bien avec Gérard. Nous sommes presque nés le même jour. Tous mes collaborateurs semblent être nés, comme moi, fin août. Pour ce film on a failli engager un réalisateur anglais. J’en ai rencontré deux, et ils voulaient modifier le scénario et le rendre pire, à mes yeux. Je n’étais pas convaincu. J’étais intéressé par la réalisation, avec un financement de Miramax par les frères Weinstein, puis la société de Ridley Scott s’est montrée intéressée, et je les ai rencontrés à Hollywood, mais rien ne s’est concrétisé. Ensuite, on m’a dit que Gérard était intéressé. J’avais adoré Taxi et je l’ai rencontré à Paris. Son producteur français avait des critiques à formuler sur le scénario, mais Gérard lui a dit de se taire ! Gérard n’avait qu’une seule remarque : faire d’une des membres du gang une fille sexy (à l’origine, le gang était exclusivement masculin). Bien sûr, il avait raison, et cela a enrichi le scénario en y ajoutant un conflit. La fille est amoureuse de Slim (Steven Dorff), mais Slim est amoureux de la policière (Natasha Henstridge).

Cette expérience franco-anglo-américaine a donc été plutôt positive ?
L’anglais de Gérard était rudimentaire, ce qui a expliqué son incapacité à saisir le sarcasme et l’ironie de mon scénario, absents du film final. De nombreuses scènes de dialogue sont assez faibles, les répliques drôles manquent et elles sont relativement expédiées. En revanche, ses cascades étaient réussies. Gérard a piloté lui-même l’hélicoptère de poursuite, à très basse altitude et illégalement, ce qui, paradoxalement, ajoute au suspense du film. Malgré cela, Gérard et moi serions ravis de retravailler ensemble, si l’occasion se présentait. Sur certains films, on finit plutôt par détester tout le monde ! Surtout les acteurs et les producteurs !
Vous vous êtes depuis plongé dans l’écriture, notamment celle pour enfants, avant d’opter pour un tournant important vers le thriller. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos œuvres actuelles ?
J’écris en effet actuellement des romans d’espionnage. A Sting in Her Tale est paru en juillet 2025 et A Nest of Wasps paraîtra en juillet prochain. Je suis ravi de pouvoir les faire connaître au public français à l’aise avec ma langue. Un grand réalisateur hollywoodien, plusieurs fois oscarisé, envisage d’adapter ces livres.Pendant le confinement, un film important que j’avais écrit a été annulé. La Covid, puis la grève des acteurs et des scénaristes à Hollywood. Je n’allais donc pas toucher le gros cachet prévu par mon contrat. J’avais besoin de revenus et j’ai passé sept semaines à écrire A Sting in Her Tale, l’histoire d’une vieille dame qui, au bord du suicide, sauve la vie d’un bébé et comprend que des personnes mal intentionnées en veulent à l’enfant. Peu à peu, on découvre que cette vieille dame à l’air innocent est une ancienne espionne redoutable, capable de se défendre efficacement contre les criminels. L’histoire la ramène en Allemagne de l’Ouest dans les années 1970, où elle était chargée de neutraliser un dangereux espion russe.

Il s’agissait du premier d’une série, n’est-ce pas ?
Il m’a fallu du temps pour trouver un agent, qui a ensuite trouvé un éditeur. Le livre est paru en juillet 2025 et a reçu de bonnes critiques. J’ai remis mon deuxième livre cette semaine et j’en ai signé deux autres, tous avec le même personnage de vieille dame. Le deuxième livre se déroule en Grèce, en partie sur un yacht. J’ai un bon ami en Grèce, un armateur très prospère. Il a investi dans mon film Savage Hearts, qui a rapidement été rentable. Il nous a alors invités, ma femme et moi, à faire le tour des îles grecques sur son yacht de luxe. C’était tellement agréable que nous l’avons refait de nombreuses fois depuis. J’ai eu beaucoup de chance. Comme je vous l’ai dit, un grand réalisateur hollywoodien s’intéresse à l’adaptation de mes livres, mais cela ne veut rien dire tant qu’un contrat n’est pas signé. Un auteur de romans reçoit une petite avance, environ 1000£. Mais j’ai pu toucher jusqu’à un million de dollars pour un bon scénario.
Merci infiniment pour tous les secrets et anecdotes dévoilés lors de cet échange, Mark.
Avec plaisir. Je ne suis malheureusement pas au courant des dernières tendances en matière de slasher. J’écris comme dit des thrillers ces temps-ci. Je vous joins leurs couvertures, au cas où vous pourriez les promouvoir. Mon conseil à tous ceux qui veulent percer dans le cinéma : écrivez un excellent scénario, d’horreur ou de thriller, destiné au marché américain. Alors, à vos plumes ! Vous aussi, ZeShape, votre anglais est bon !
Merci infiniment, Mark ! J’y penserai ! 😉
