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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

HALLOWEEN H20 : QUI VOULAIT VRAIMENT DU PROJET ANNIVERSAIRE ?

C’est lors d’un dîner avec des amis qu’un convive fait remarquer à Jamie Lee Curtis qu’Halloween, le film qui a lancé sa carrière, allait bientôt fêter ses 20 ans. Ce qui aurait pu n’être qu’une anecdote a évolué dans la tête de l’actrice comme un bilan assez élogieux de sa situation, ainsi que celle des personnes ayant travaillé sur le projet. À ses yeux en effet, les gens impliqués sur Halloween sont tous, vingt ans après, plus célèbres qu’ils ne l’ont été à l’époque. « En général, c’est l’inverse ! » indiquera Curtis lors de la convention de 2012. Pour elle, il est indéniable de devoir marquer l’événement. Sans compter qu’elle tient à prendre sa revanche sur Michael Myers, et cet anniversaire pourrait être l’occasion idéale.

Jamie Lee Curtis et Steve Miner sur Halloween H20.

Nul doute que lorsque l’actrice demande à revoir Moustapha Akkad, le producteur exécutif de la saga depuis ses origines, les bras lui furent grands ouverts. Dans les studios de la Weinstein, désormais possesseurs des droits de la franchise, on se frotte également les mains. Trois ans auparavant, la production et sortie d’Halloween : the curse of Michael Myers, 6e opus de la franchise, n’ont pas été une franche réussite, et ce retour inespéré de Jamie Lee Curtis ne peut que relancer les affaires pour Michael Myers. Akkad et les frères Weinstein injectent ce qui est nécessaire pour subvenir au projet, et un cachet de 5 millions de dollars est d’ores et déjà concédé à Jamie Lee Curtis pour sa participation en tant qu’actrice principale. C’est pour elle seule près du double de ce qu’a coûté l’entièreté d’Halloween 6, pour indiquer à quel point les producteurs plaçaient leurs attentes dans le succès de ce nouveau film, à l’heure où le néo-slasher, par le biais de Scream (déjà chez les Weinstein), annonçait d’une certaine manière que le projet avait toutes les chances de casser la baraque.

Moustapha Akkad et Jamie Lee Curtis en symbiose sur le projet.

Les histoires de gros sous passées, il était temps de mettre en chantier la production du film Halloween H20, et surtout lui composer une équipe solide. Un réalisateur, évidemment, et un scénariste prêt à endosser la lourde responsabilité de rendre ce retour crédible. Un tant associé au projet, Kevin Williamson (Scream 1 & 2) rédige une esquisse d’une quinzaine de pages, donnant les grandes lignes de la trame. Bien que Robert Zappia aura la charge finale d’élaborer le script complet, la plupart des idées de Williamson sont conservées, dont le final déjà voulu comme un subterfuge pour une suite. Ce point précis sur l’issue du film ne sera pas la première contrariété de Jamie Lee Curtis quant au projet, celle-ci n’ayant malheureusement pas négocié, via un statut de productrice qu’elle n’aurait pas démérité, son mot à dire sur la direction prise par le scénario. Elle subi dès lors les idées en sous-marin visant à ne pas éliminer Michael Myers à la fin du film, comme le souhaitant Curtis à son arrivée sur le projet. « You can’t kill the boogeyman » annoncera Moustapha Akkad, soulignant un élément indiscutable de la charte d’un film de la saga Halloween sous sa régence. Autrement dit, on ne « tuera » pas Michael Myers si on n’a pas l’assurance qu’il puisse revenir, encore et encore.

John Carpenter préfère affronter le désert qu’un nouveau Halloween.

Lorsqu’elle commence à lever le voile sur le projet du vingtième anniversaire d’Halloween, Jamie Lee Curtis souhaite qu’il soit l’occasion d’une grande réunion de l’équipe originale. Si l’actrice P.J. Soles, qui jouait Lynda dans le film de 1978, accepte le caméo vocal de l’institutrice du cours réunissant John et Molly (après avoir refusé le rôle de la secrétaire de Laurie, finalement confié à Janet Leigh, mère de l’actrice), l’équipe technique ne répondra pas présente. John Carpenter était bien entendu le souhait premier de Curtis pour diriger la réalisation de cet événement. Mais le projet ne fera pas vibrer la moustache du maître de l’horreur, qui prétextera être bien trop occupé sur Vampires, qu’il réalise au même moment avec panache dans le désert californien aux côtés d’un casting formé par James Woods, Sheryl Lee et Thomas Ian Griffith. Les producteurs ne semblaient de toute façon pas enclins à offrir à Carpenter le cachet monumental qu’il demandait pour revenir dans une saga qui lui rapporte déjà bien assez sans qu’il fasse quoi que ce soit. Debra Hill, ex-compagne de Carpenter et productrice des trois premiers films, ne compose pas non plus avec le souhait de soutenir ce projet, pour des raisons mystérieuses au vu de son implication innée dans une saga qui ne lui appartenait pourtant plus depuis longtemps (elle mettra en avant auprès de Moustapha Akkad le futur réalisateur d’Halloween 5 et apportera tout son soutien au scénariste d’Halloween 6 pour permettre, dans l’ombre, la faisabilité de ces deux projets).

Jamie Lee Curtis, à la vue de ce que devient son idée d’origine.

Bien que dévastée par le peu d’intérêt accordé par l’équipe originale à son projet anniversaire, Jamie Lee Curtis affronte toutefois avec autant de bravoure que possible les déboires concernant Halloween 20 ans après, que la production décide d’accélérer pour une sortie à l’été 98, début août, à une période qui n’est pourtant pas des plus propices pour un film de genre. Si les délais sont aussi serrés, c’est aussi parce que les producteurs ont finalement mis la main sur un réalisateur idéal, mais aux dépends d’une disponibilité toute particulière. En effet, Steve Miner, réalisateur des opus 2 et 3 de la saga Vendredi 13, accepte de revêtir la casquette de metteur en scène sur Halloween 20 ans après. Mais ce, que le temps que les conditions météorologiques épouvantables sur le plateau de Lake Placid, qu’il réalise à ce moment-là pour la Fox, s’améliorent. Le stand-by de ce tournage de film de crocodile géant dans le Maine offre au réalisateur une fenêtre de tir de courte durée pour revenir à ses premières amours : le slasher. Si Steve Miner est un habitué du genre horrifique avec à son palmarès le film House (1986) et Warlock (1989), Jamie Lee Curtis le connaît aussi pour avoir participé au film Forever Young en 1992, et se rassure d’avoir une connaissance sur le projet, qui repart de plus belle.

Steve Miner dirige l’équipe sur le tournage d’H20.

Porté par un casting jeune et dynamique, Halloween H20 marque les débuts de carrière de Josh Hartnett et d’LL Cool J. en tant qu’acteur, réunit Adam Hann Byrd (Jumanji), Joseph Gordon-Levitt, Adam Arkin (Lake Placid), Jody Lyn O’Keefe et l’ingénue Michelle Williams, avancée par Kevin Williamson depuis la série Dawson et future lauréate d’un Oscar. Le casting est étoffé par le retour de Nancy Stephens, qui jouait l’infirmière épaulant le Dr Loomis dans les deux premiers films de la saga, auxquels H20 fait suite directe. Chris Durand, cascadeur interprète de Michael Myers dans le film, sera même surnommé « Shapey » par Jamie Lee Curtis, qui contribue grandement à la bonne humeur générale sur le plateau, malgré le fait que le projet ne soit plus dans le sillage de ce que l’actrice espérait au départ. Le film, à sa sortie, se hissera au plus haut niveau du box office, offrant à la saga son meilleur score depuis l’original, avec un budget initial de 15 millions de dollars et des recettes d’environ 55 millions sur le seul sol américain. Accompagnant la mode lancée par Scream et Souviens-toi l’été dernier, Halloween 20 ans après sera un succès critique et commercial qui, malgré l’amertume de sa tête d’affiche, aura redonné ses lettres de noblesse à une saga qui avait grand besoin de ce retour aux origines et s’offrir un souffle nouveau, quelle qu’en fut la suite.

Janet Leigh et Jamie Lee Curtis, mère et fille sur Halloween H20.

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