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L'ANTHOLOGIE DE MICHAEL MYERS ET DE LA SAGA HALLOWEEN

LE SLASHER DU MOIS : IN A VIOLENT NATURE (2024)

Le Canada, s’il n’est pas précurseur en matière de slasher, a toutefois su surfer sur le genre en y apportant son lot d’avantages et de surprises. Un intérêt financier tout d’abord dans les années 80, lorsque les Etats-Unis exploitent les terres nordiques à plus faible budget en échange d’intégrer aux films un casting local (Le bal de l’horreur, Le monstre du train, Meurtres à la St-Valentin, Happy birthday…), puis via des pépites plus récentes, sorties de nulle part, parvenant à tirer leur épingle du jeu par une originalité bienvenue dans le registre (Discopath, Gutterballs, Tucker & Dale fightent le mal) auquel s’ajoute aujourd’hui In a violent nature. L’idée du film : offrir une immersion totale et inédite dans le genre, en plaçant l’essentiel du métrage du point de vue d’un tueur sanguinaire à la poursuite d’adolescents malheureusement au mauvais endroit au mauvais moment.

« Jason ? Is that you ? »

Le film de Chris Nash traite donc d’un sujet Ô combien éculé (un tueur invincible, une forêt dense, des jeunes imbéciles) mais tourné d’une nouvelle manière, quitte à perdre en chemin une partie des spectateurs qui n’adhèreraient pas au style. Car dès les premières minutes du film, on comprend le procédé par un plan fixe couvert d’un dialogue insipide, qui semble ne jamais se finir. Sans aller jusqu’à la vue subjective, la caméra va en fait accompagner le tueur dans son périple, à commencer par son réveil d’entre les morts via ce plan fixe qui lance le mobile de cette résurrection : le vol de l’amulette qui assurait son repos éternel. Sorti des entrailles de la terre, le monstre-zombie va partir en quête de son trésor, quitte à décimer au passage toute âme qui se dresserait sur son chemin. On suit la menace à chaque instant, prenant à contre-emploi tout ce qui avait été vu jusque-là : le tueur ne sortira pas de derrière un arbre dans un jump scare attendu, c’est la victime qui apparaitra à l’image au dernier moment pour un ultime frisson.

Un selfie pour la future viande en étalage…

Au niveau du scénario, rien de plus à se mettre sous la dent. La trame et sa mise en scène minimaliste suivant un mort-vivant charcutant des ados venus faire la bringue ne sont pas sans rappeler la saga Vendredi 13, et plus précisément son deuxième opus : Le tueur du vendredi (1981), lorsque Jason Voorhees, alors jeune force de la nature affublée d’un sac à pommes de terre en guise de masque, venait crier vengeance dans le camp de vacances forestier de Crystal Lake. Ici, le Jason est Johnny, dont le peu d’histoire est disséminé intelligemment dans une légende racontée au coin du feu. Le croquemitaine répondra à l’appel en revêtant la tenue traditionnelle des pompiers du coin avant de lancer l’assaut sur la population locale. Le film devient alors le théâtre d’une boucherie sanglante, parsemée de longs plans-séquences (que certains ont vu comme des hommages à Gus Van Sant) durant lesquels le tueur se rend d’un point à un autre, le film ne lâchant pas Johnny d’une semelle. Si le style est intrigant, faisant du métrage la curiosité raflant le Grand prix au festival de Gerardmer en 2025, force est de constater que le film ne répond malheureusement pas à tout l’intérêt qu’il faisait naître sur le papier.

Objectif « 10.000 pas par jour » accompli !

La faute ne peut pas véritablement être blâmée auprès du réalisateur et scénariste Chris Nash, parce que la volonté de faire renaître le côté old school des années 80 est flagrant. Il était inutile de s’étendre sur le groupe de victimes dont on a l’habitude qu’il soit naïf et idiot, ni sur le pourquoi du comment puisqu’à force on s’en fiche un peu du mobile d’un tueur sorti du sol. Non, la véritable surprise de la mise en scène finit en fait par devenir redondant, voire ennuyeux, par manque cruel de consistance. Les aller et venues du tueur dans la forêt deviennent des supplices dont on prie une fin rapide et sans douleur, l’ennui étant renforcé par le recours à… aucune piste musicale durant tout le film (décision assumée du réalisateur pour souligner l’immersion dans un film censé être aussi brut et éclatant de naturel que possible). Les meurtres, tous gratinés, sont d’abord audacieux (le démembrement hors champ), puis malicieux (la noyade), avant de devenir stupéfiants (le meurtre innommable et surréaliste de la yogiste au sommet de la falaise), incongrus (le double meurtre en vue aérienne) et finalement assommants (tout le reste, dont l’usage interminable de la machine à couper les bûches). Le film, passé son premier quart d’heure, ne vit que par ses meurtres, qui deviennent donc assez vite monotones malgré leur part purement originale. C’est long, c’est lent, et on est finalement assez vite décontenancés. Et comme si le réalisateur s’en était rendu compte, il abandonne finalement le principe qui faisait son identité en suivant dans son dernier acte le point de vue de la final girl. Un tour de champ incompréhensible qui ne débouche sur rien, le film choisissant de fondre au noir de manière inopinée et sans explication. À moins que la réponse se posera dans la suite, prévue pour 2027 ? En espérant que de nouvelles surprises soient au rendez-vous, qu’il n’y ait cette fois aucune retenue, afin de garantir l’intérêt sur cet OVNI confinant au slasher le statut de film d’art et essai, soit incontestablement du jamais vu jusqu’à lors. Allez, on y croit !

Un boucher sans retenue pour des meurtres visuellement osés !
IN A VIOLENT NATURE
UN FILM DE CHRIS NASH, CANADA, 2024
● les + : une mise en scène stylisée grâce à un point de vue inédit et à une recherche visuelle soignée.
● les – : un film rébarbatif, relativement mal joué et finalement assez pauvre d’intérêt.

● la meilleure séquence dU film : le meurtre de la yogiste, tellement improbable qu’il en devient culte.

● les pires scènes dU FILM : les ennuyeuses promenades du tueur, qu’on aurait aimé bien plus rapide.
Verdict : *****

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