Halloween II (2009) : l’arrogance comme seul bagage

laurie dans H2 2009

2009. Rob Zombie a enfin carte blanche pour faire de la saga Halloween son propre film, libéré des obligations qu’impliquent un remake. Halloween II allait pouvoir prendre son envol et s’éloigner du chemin tracé par la saga originelle. Et bien que Rob Zombie clame son adoration pour le film de Carpenter, les points qu’il avance dans Halloween II sont tout autant d’irrévérences envers le film original. S’agit-il d’un blasphème ou en fait d’une volonté d’effectuer un contre-pieds pour éviter de nager sur les plates bandes du chef d’oeuvre d’origine ?

Une chose est évidente Halloween II est finalement encore plus comparé au film auquel il fait suite plutôt qu’à l’Halloween 2 original de 1981. Car à vrai dire, au-delà d’une courte séquence dans un hôpital, il n’y a rien qui le relie au film de Rick Rosenthal. Mais quand on mesure Halloween II (2009) à Halloween (2007), c’est non seulement l’aura mystique (qui propulse le film dans une dimension fantastique très éloignée du côté terre-à-terre et réaliste du remake) mais aussi l’évolution inattendue des personnages qui les distinguent complètement. Peu de nouveaux venus, le film se concentre sur les rescapés du premier opus, pour les présenter sous un angle inédit et parfois troublant.

Laurie Strode tout d’abord, devenue une junkie dérangée mentale, aux antipodes de l’ingénue bon chic bon genre du remake. Scout Taylor-Compton, qui interprète toujours l’héroïne, est d’une injustesse rare dans un film. Tour à tour possédée par son rôle et tantôt pleurnicharde et horripilante, elle dresse un bilan qui rend le personnage beaucoup moins attachant qu’il devrait. La scène finale, sensée être un choc visuel (Laurie affublée du masque de Myers), est finalement courue d’avance, tant sa plongée est vertigineuse et attendue (l’erreur aura été de la faire partager les visions de son frère, car ceci amenuise aussi la folie du tueur et son mobile par la même occasion). Le cas du Dr Loomis est encore plus flagrant. L’homme engagé et avenant du remake devenant un arriviste arrogant et vénal. Corrompu jusqu’à la moelle, Loomis n’est plus un docteur mais un homme d’affaires qui fait sa marge sur la notoriété des méfaits de Michael Myers. Un comportement impensable aux souvenirs de l’implication de Donald Pleasence pour faire de Loomis un psychiatre en déclin habité par une quête qui ne pourra se finir qu’en drame sanglant. Le coup de théâtre final d’Halloween II est un retour inespéré au docteur Loomis d’origine pour lequel on soupçonne finalement Rob Zombie de vouloir seulement se débarrasser une bonne fois pour toutes d’un personnage avec lequel il ne savait pas trop où aller. Dommage car Malcolm MacDowell tirait incontestablement le film vers le haut, quel que soit l’aspect de la personnalité du Loomis qu’il interprétait. Finalement, seuls Danielle Harris et Brad Dourif ont dans Halloween II un rôle à la mesure logique de ce que leurs personnages Annie et le shérif Brackett ont vécu dans le remake. Celui-ci devient un père surprotecteur et sa fille une proie bien décidée à échapper aux souvenirs du passé et de son statut indésirable de victime. Pour le cas d’Annie, l’exploration d’une relation conflictuelle avec Laurie (plus présente dans la version Director’s Cut du film), était une décision aussi intéressante que bienvenue. L’arrogance et la dépravation de Laurie faisant des étincelles au contact d‘une Annie assagie et détachée de sa débauche originelle (souvenez-vous d’Annie et de Laurie dans le remake et regardez comme elles ont inversé leurs rôles dans la suite).

Si Halloween II a beaucoup dérangé les fans, c’est donc principalement pour le traitement de ses personnages, dont les souvenirs (encore ancrés à leurs modèles de la saga originale) sont encore trop présents pour pouvoir tolérer de telles entailles dans leurs psychologie et comportements. Il est certain aujourd’hui qu’un Halloween III ne fera jamais suite au film de Rob Zombie. Une suite aurait peut-être conduit les personnages restants vers une issue plus maîtrisée, cela aurait rééquilibré l’aura générale de la nouvelle saga Myers. À défaut, ce changement si brutal entre le remake et sa séquelle ne pourra jamais s’épanouir dans la longueur et contribuera à accoler à Halloween II sa mention de film irrespectueux non seulement de la saga originale, mais également du film auquel il fait suite.

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