Halloween 6 : la genèse d’une malédiction

Le début des années 90 a sonné le glas du slasher, genre horrifique de prédilection qui pédalait avec grande peine pour se hisser à la hauteur de ce qu’il représentait dix ans plus tôt. Halloween 5 : la revanche de Michael MyersFreddy 5 : l’enfant du Cauchemar et Vendredi 13 chapitre 8 : l’ultime retour, tous trois sortis en 1989, confirmaient la donne en affichant des croquemitaines fatigués, vedettes de sagas au bout du rouleau. 

La franchise Halloween a été particulièrement touchée par la disgrâce à cause d’une erreur interne dont seule la production pouvait s’annoncer fautive : la mise en chantier hâtive d’Halloween 5 après le succès d’Halloween 4. Cette principale bourde a été le début d’une série de quiproquos et de litiges au sein de la production. À cela, l’échec commercial de ce cinquième opus enterra la saga pour quelques années. Ce sont les fans qui rallumèrent les braises. L’annonce d’un sixième opus relança l’intérêt des producteurs. Les rachats des droits se firent à l’avantage des frères Weinstein avec leur nouvelle firme Miramax/Dimension (filiale de Buesna Vista de Disney). Pour le scénario, la charge fut adressée à un fan un peu plus persévérant que les autres : Daniel Farrands, qui avait déjà proposé une première ébauche en 1990. Moustapha Akkad, producteur exécutif, était partagé entre hâte et prudence. Mais à son goût, il fallait nécessairement que le film dévoile les véritables motivations du tueur, quelles qu’elles soient. Le slasher lambda étant mort, le producteur décida d’opter pour un virage vers le thriller fantastique, et, à cela, le scénario de Daniel Farrands correspondait parfaitement.

L’équipe d’acteurs fut alors composée (de nouvelles têtes, guidées par l’irremplaçable Donald Pleasence dans le rôle du Dr Loomis. Brian Andrews, qui jouait Tommy Doyle dans le film original, n’a malheureusement pas pu être contacté pour reprendre son rôle dans Halloween 6, faute d’agent), la réalisation échut entre les mains de Joe Chappelle, et le projet put rapidement s’étoffer en images. Nous sommes en 1994, le tournage a lieu à Salt Lake City, dans l’Utah. L’équipe a pris connaissance d’un scénario à la fois complexe et concret, mais se rendra vite compte que la suite des événements va contrecarrer les plans d’origine du scénariste, au détriment de toute logique.

En effet, Halloween 6 aura été une expérience décisive pour le scénariste Daniel Farrands. Fan invétéré de la saga depuis le début, il aura eu la chance rare et convoitée de rédiger le script d’une suite très attendue. Mais il aura aussi été celui qui verra ses heures de travail acharné se briser sous les coups bas d’une équipe de production et d’un réalisateur peu scrupuleux et dénués de toute morale. Un résultat qui anéantirait n’importe qui en pareil cas, mais qui aura su montrer à Farrands que le système hollywoodien n’est pas que paillettes et étoiles dorées. L’homme saura tout de même rebondir et se fera un nom dans le monde de l’horreur grâce à sa participation aux rétrospectives de Jason Voorhees, Freddy Krueger et Ghostface dans Crystal Lake Memories, Never Sleep Again et Scream : the inside story, et à la production de The Haunting in Connecticut, Amityville : the awakening et The Amityville murders qu’il a lui-même réalisé en 2018.

Lorsqu’il rencontre pour la première fois le producteur exécutif Moustapha Akkad en 1990, il est armé de tout son savoir sur la saga, prêt à étaler ses idées pour le prochain métrage. Ses idées sont variées et examinées avec soin. Le producteur a des exigences peu nombreuses mais très strictes : le mobile du tueur doit être révélé, le film doit être emprunt à une dominante fantastique et psychologique, la peur doit être présente au détriment des coulées de sang, et les mystères venus parsemer l’équilibre de la saga dans Halloween 5 doivent tous être éclaircis dans Halloween 6. Par chance, Farrands avait étudié la chose avec entrain et patience. Les idées compilées avec l’équipe de production permirent l’écriture d’un premier jet qui motiva la mise en chantier prochaine du film. Toutefois, les éléments de la production en soi (à laquelle le producteur exécutif Moustapha Akkad et son fils Malek ne participent pas), nouveaux visages imposées par les nouveaux possesseurs des droits : les frères Weinstein, déboulent sur le projet avec un regard et des attentes beaucoup plus critiques.

Bien que n’ayant jamais eu affaire à la saga, les nouveaux producteurs, (partagés en trois compagnies : Halloween VI Productions, Nightfall et Miramax) viennent attiser quelques coups de bec, motivés par l’argument roi dans la conception d’un film : l’argent.
Et c’est en prétextant la question de l’argent (voire même celle du manque d’argent) que les producteurs vinrent chambouler l’élaboration des scènes de tournage, venant parfois annuler une séquence phare du script le jour-même où celle-ci devait être tournée. Et c’est en invoquant cette excuse souvent abusive (le film bénéficiait d’un budget de 5 millions de dollars, soit autant que celui accordé à Halloween 4 et Halloween 5) que les producteurs vinrent trancher le script au fur et à mesure de son tournage, déviant dangereusement le fil du récit, malgré les protestations du scénariste. Ainsi, le budget du film fut réduit d’un million de dollars, et bon nombre de séquences furent effacées du scénario original, contraignant l’équipe à trouver des solutions dans l’urgence, sans oublier les nombreuses pertes financières dues à ces coupes de dernière minute, éradiquant un travail monté en amont par la technique, et réduite à néant sans plus d’explications.

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