Halloween 20 ans après : l’engouement promotionnel de Jamie Lee Curtis

« Cela fait vingt ans et je n’en reviens toujours pas ! »
Nous sommes en 1998, Halloween 20 ans après s’apprête à sortir sur les écrans à travers le monde, après un succès déjà retentissant sur le continent américain. En tant que pilier du film, Jamie Lee Curtis assure la promotion avec entrain et un certain sens de l’autodérision. Pour les magazines Ciné Live et Mad Movies, compilation des propos recueillis par Jean-Paul Chaillet et Alex Benjamin : « Je me souviens de ma première audition. C’était un petit bureau pourri dans un entrepôt abandonné. John Carpenter et Debra Hill m’y attendaient. John avait un look étrange, il ressemblait à un hippie avec ses cheveux longs. Lui et Debra étaient ensemble à l’époque. Moi, de par mes parents, je vivais dans un monde glamour, entourée de stars. Et là, je savais que j’allais vivre une expérience différente de tout ce que je connaissais du cinéma. […] J’avais vingt ans à l’époque et j’avais sauté sur ce rôle sans me préoccuper du reste. Je n’avais évidemment pas la moindre idée de ce que deviendrait le film ni qu’il serait aussi marquant dans ma filmographie ».
L’émotion est de rigueur pour marquer l’anniversaire d’Halloween, la nuit des masques de John Carpenter. Car personne ne peut s’y méprendre, le film est entièrement axé sur ce point à la fois nostalgique et stratégique, sans omettre le détail qui tue : le fait que l’actrice elle-même est à l’origine du projet ! « Disons plutôt que j’en suis l’un des architectes. En fait, un de mes amis m’a rappelé qu’Halloween allait fêter son vingtième anniversaire cette année. Je me suis dit que ce n’était pas mal pour un aussi petit film au départ, d’être autant regardé et aimé deux décades plus tard. Et je me suis souvenu du film de Peter Bogdanovitch, The Last Picture Show. Vingt ans plus tard, ils en ont fait une suite avec les mêmes acteurs, Texasville. Ce n’était pas très bon mais l’idée m’avait plu ». Une excellente initiative, voire même du pain béni pour la production. « J’ai pensé qu’il fallait marquer le coup : j’ai eu 40 ans cette année et ça m’a paru être une date significative, une manière de fermer la boucle et de remercier les fans ».

Lire Jamie Lee Curtis indiquer vouloir fermer la boucle est assez amusant aujourd’hui, lorsque l’on sait que pour Halloween 20 ans après, elle en était à sa troisième interprétation de son rôle de Laurie Strode, qu’elle reprendra finalement à sept reprises durant sa carrière ! Mais le film de 1998 est aussi là pour marquer d’autres points. Notamment la présence au casting de Janet Leigh, la mère de Jamie Lee, et icône de l’horreur pour son rôle de Marion Crane dans le cultissime Psychose d’Alfred Hitchcock : « Je savais que les fans seraient en transe de voir deux « icones » réunies à l’écran. Je savais aussi que nous avions tout intérêt à ne pas rater l’entrée en scène de ma mère. Lorsqu’elle est arrivée pour la première fois sur le plateau, toute l’équipe lui a fait une ovation. J’en avais les larmes aux yeux. J’aime particulièrement la scène où elle se tient devant la voiture comme dans Psychose, qu’elle se tourne et souhaite un ‘Happy Halloween !’. C’est pour ainsi dire une très jolie manière de faire ses adieux au cinéma. Je sais qu’elle aimerait encore tourner, mais trouver des rôles qui lui conviennent ne sera pas facile ».

Toute la dominante commerciale et nostalgique d’Halloween 20 ans après réunie dans cette photo promotionnelle intense qui marque les mémoires.

Réunir les membres du film original a été une mission que s’est confiée l’actrice, comme un devoir moral pour les fans. À commencer par convaincre John Carpenter de se replonger dans l’aventure : « C’est le premier coup de fil que j’ai passé. Mais il ne pouvait pas le faire. Il travaillait sur Vampires, et au moment où je l’ai appelé, il n’avait vraiment pas le temps de s’en occuper. Miramax tenait absolument à ce que le film soit prêt à l’automne, il n’y avait aucun moyen de faire en sorte que John puisse se libérer. C’était juste une question d’emploi du temps ». John Carpenter et Devra Hill n’étant pas disponibles, c’est Curtis qui contacte Steve Miner (Vendredi 13 chapitres 2 et 3), et exige la participation de Kevin Williamson (Scream) au scénario : « Cela ne s’est pas fait facilement. Les candidats étaient nombreux, et Miramax avait sa petite idée sur le nom du réalisateur à embaucher. Mais je tenais à Steve. J’ai déjà travaillé avec lui dans le passé, sur Forever Young, et je sais à quel point il peut être talentueux sans avoir besoin de se compliquer l’existence. […] En cela, nous nous ressemblons pas mal. J’aime m’amuser en travaillant, garder une bonne ambiance sur les tournages, le tout en assurant toujours le meilleur boulot possible ». Elle donne même des spécificités sur le tournage d’une scène clé du film : « Le dénouement, ma grande scène avec Michael Myers dans le van, il l’a tourné en une seule prise. Il était trois heures du matin et il faisait un froid de canard. Il est arrivé sur le plateau, a pris chaque personne concernée à part et leur a bien expliqué leur rôle dans la scène. Chacun était donc bien briefé quand il a crié ‘Action !’. Du coup, la première prise fut la bonne. Il a vérifié que tout était en ordre et nous a envoyé nous coucher. Cinq pages de scénario en une seule prise ! » 

Pour Jamie Lee Curtis (Laurie Strode), le face à face avec Michael Myers est encore loin d’être terminé !

L’actrice s’étant énormément impliquée dans le film, elle explique les déboires de son personnage, et l’impact que les expériences sanglantes de Michael Myers ont eu comme effet sur Laurie Strode pendant vingt ans, en la décrivant comme « une survivante encore sous le choc de ce qui lui est arrivé deux décennies plus tôt. Elle a réussi sa vie professionnelle, mais psychologiquement, c’est une loque humaine. Et par-dessus le marché, la pire de ses craintes se matérialise avec le retour de Michael Myers ».

1998 marque certes l’anniversaire de la saga, mais suit également la mode lancée par Scream et la vague de néo-slasher qui se répand à travers Hollywood. Les firmes d’antan reviennent aussi sur le devant de la scène, après que les petits nouveaux (Souviens-toi… l’été dernier, Urban Legend) ait amorcé le pas. Après Michael Myers dans Halloween H20, c’est la plus célèbre poupée tueuse du cinéma qui revient dans La Fiancée de Chucky. Le film d’horreur bat son plein, mais rien qui ne donnera envie à Jamie Lee Curtis de se frotter au genre de trop près : « C’est une manière acceptable de se faire peur. Le public sait parfaitement que ce n’est pas réel, mais en même temps, tout ce qui se passe à l’écran a l’air vrai. J’avoue ne pas comprendre l’engouement pour ce genre de film, mais je sais qu’il attire un vaste public fidèle et averti, et c’est tant mieux je suppose. Quant aux films d’horreur que j’ai tournés, je ne les renie pas du tout. Ils font partie de l’ensemble de ce que j’ai fait en tant qu’actrice et j’en suis plutôt fière ». Le monstre du train, Le bal de l’horreur, Halloween II, Fog… il est vrai que la carrière de l’actrice a démarré avec l’horreur, mais ne s’est forgé que plus tard, lorsqu’elle a changé de cap. La notoriété, elle la trouve grâce à Un poisson nommé Wanda, en 1988, année où elle a (heureusement ?) refusé de reprendre une nouvelle fois le rôle de Laurie dans Halloween 4. La saga de Michael Myers a alors pris son envol à son tour, s’étirant sur trois nouveaux films sans la présence de Jamie Lee Curtis. Interrogée sur ces films en question, elle répond sans vergogne : « Je ne les ai pas vu et je n’y compte pas ! », elle indique même ne jamais avoir vu Psychose en entier. « C’est vrai ! Seulement des bouts ici ou là. Pour tout dire, je n’aime pas les films d’horreur. Je déteste avoir peur ». Elle ne dénigre pas pour autant le genre qui l’a révélé à Hollywood : « Il ne faut pas sous-estimer le travail incroyable accompli dans un film d’horreur, car outre le maquillage et les effets spéciaux, ce n’est pas si simple de faire peur. Cela nécessite un travail d’équipe incroyable entre les acteurs, le réalisateur, le directeur de la photographie qui crée une atmosphère trouble, le responsable des décors qui donne une sensation de vertige à cet univers surréaliste, et ainsi de suite. Faire un film d’horreur est en fait un processus aussi épique que de réaliser La liste de Schindler ou Autant en emporte le vent. En faisant bien attention à mon personnage, on se rend compte qu’au début c’est une femme sur la brèche qui a peur de son ombre, qui vit dans la psychose de ce qui lui est arrivé il y a vingt ans. Cependant, au moment où elle décide de ne plus se cacher, de faire face au tueur, même si cela doit lui coûter la vie, elle retrouve son âme, sa force intérieure et rien ni personne ne peut plus l’arrêter. C’est un peu la ‘morale’ d’Halloween H20 : accepter la personne que l’on est, faire face à ses démons intérieurs et extérieurs, tenter le tout pour le tout. Si vous échouez, au moins vous n’aurez aucun regret, et donc plus aucune souffrance. Tandis que si vous persistez à fuir, à vivre dans l’ombre, un jour ou l’autre le monstre qui sommeille en vous sortira, vous traquera, et vous finirez complètement fou, voire suicidaire. Dans la vie, il faut donc apprendre à surmonter ses crises en leur faisant face plutôt qu’en les ignorant. C’est en cela que tout film d’horreur porte en lui une certaine philosophie de la vie ».

Jamie Lee Curtis n’a rien perdu de son aura de scream queen, sacre de la reine du cri depuis 1978

Jamie Lee Curtis prolonge ces interviews avec un regard sur elle-même et sur le cinéma en général. Bien que forte d’une notoriété sans grands bémols à ce stade de sa carrière, elle se montre très pragmatique et peut-être même un peu en retrait du devant médiatique dans lequel on l’aurait tout à fait imaginé : « Je fais du cinéma depuis 22 ans et pourtant, je n’ai jamais eu l’impression d’avoir eu de succès, du moins de le ressentir de façon palpable. J’ai eu des hauts et des bas, j’ai relevé ma jupe quelques fois et c’était plutôt agréable… […] Kevin Williamson fait référence à ça dans Scream. Cela doit vouloir dire qu’il faut devenir délurée et sexy pour réussir. Dans les petits films, je pouvais jouer la gentille fille, mais pour avoir une vraie carrière à Hollywood, il a fallu que j’enlève le haut et que je joue les putains. Pas trop grave puisque j’ai eu la chance d’avoir des rôles intéressants dans ces films-là. Mais ça en dit quand même pas mal sur la perception de la femme dans le cinéma grand public américain. Intéressant, non ? […] J’ai surtout l’impression de faire partie d’un ensemble, d’être un morceau du puzzle. Je ne suis pas rêveuse pour un sou. J’admire ceux qui peuvent se laisser séduire en regardant une comédie romantique, mais j’en suis incapable ». Cette année-là, après le tournage de Virus, autre métrage d’horreur lorgnant vers la science-fiction, elle décide de mettre sa carrière en suspend, afin de se consacrer à sa famille et à la rédaction de livres pour enfants, activité qui lui a permis de s’investir corps et âme dans son combat pour les enfants des hôpitaux, investissement qui a rythmé (et justifié) bon nombre de ses futures participations au cinéma [elle accepte une seule et unique convention publique de cinéma d’horreur consacrée à sa carrière en novembre 2012, durant laquelle elle annonce être prête à revenir dans la saga Halloween pour que les fonds récoltés puissent l’aider dans son œuvre de charité]. De ses succès en librairie, elle annonce pour clôturer cet échange : « Ces histoires viennent du plus profond de moi et reflètent ma sensibilité, mon sens de l’humour. C’est un moyen d’expression où je suis totalement libre ».
Sorti le 9 décembre 1998, Halloween 20 ans après démarre très fort dans la région parisienne avec 40.000 tickets d’entrée vendus la première semaine. Au total, près de 500.000 personnes auront vu le film au cinéma en France.

(sources : Ciné Live, Mad Movies, IMDb, ciné-ressources, zeshapehalloween)

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